En France, chaque année, 4 000 à 5 000 femmes enceintes sont infectées par le cytomégalovirus [CMV] et un tiers de leurs fœtus est contaminé. La présence de CMV dans le liquide amniotique, reflétant l’excrétion urinaire fœtale, prouve l’infection du fœtus, mais ne préjuge pas des anomalies de celui-ci. La diversité des issues possibles fait que, en dehors de la surveillance échographique, la prise en charge d’une séroconversion à CMV en cours de grossesse n’est pas uniforme, comme le montre une enquête de pratiques.

Un questionnaire a été adressé en 2013, par Internet, à des professionnels de santé pour connaître leur activité et leur attitude dans différents cas de figure. Il y a eu 380 réponses d’obstétriciens (74 %), de sages-femmes (20 %), etc., dont 88 % voyaient moins de 10 séroconversions par an.

L’amniocentèse pour une PCR-CMV était conseillée -après la mi-gestation et à plus de six semaines de la séroconversion- par un peu plus de la moitié des praticiens (57 %) après une séroconversion au 1er trimestre de la grossesse si les échographies étaient normales, et par un quart des praticiens après une séroconversion au 3e trimestre de la grossesse.

L’IRM du cerveau fœtal était largement conseillée en cas d’infection fœtale prouvée sans anomalie détectée par échographie, en cas d’anomalies fœtales mineures et en cas d’anomalies fœtales majeures (par 80 %, 97 % et 84,5 % des praticiens, respectivement).

La ponction de sang fœtal [PSF] avait des adeptes, surtout en cas d’anomalies fœtales mineures (31 %) ou majeures (44 %). Elle décèle une thrombopénie et une élévation des transaminases, de mauvais pronostic, mais est risquée.

Les compétences des praticiens influençaient les taux d’indication de ces actes. Ainsi, les praticiens qui travaillaient dans une unité de diagnostic prénatal demandaient moins d’amniocentèses que les autres praticiens et ceux qui détenaient un diplôme de médecine fœtale peu ou pas de PSF.

En cas d’infection du fœtus prouvée par une PCR-CMV  du liquide amniotique, l’interruption médicale de grossesse [IMG] était récusée par 95 % des praticiens si les échographies étaient normales, et par 78 % des praticiens si les échographies révélaient des anomalies mineures. Une IRM fœtale et une PSF normales ne modifiaient pas ces pourcentages.

En revanche, une décision d’IMG semblait acceptable à 93 % des praticiens quand la PCR-CMV était positive sur le liquide amniotique et que l’échographie montrait des anomalies fœtales majeures. Une IRM et une PSF normales diminuaient à peine ce pourcentage.

Cette enquête de pratiques ne balaie pas tous les cas de figure. De plus, les anomalies mineures et majeures ne sont pas définies, le taux de réponse est inconnu et les résultats sont déclaratifs. Elle suggère, néanmoins, que l’amniocentèse est trop rarement pratiquée après une séroconversion à CMV, et que les résultats de l’IRM et de la PSF pèsent peu dans la décision d’IMG à partir du moment où il existe des anomalies échographiques. Il serait vraiment utile d’élaborer des recommandations pour unifier la prise en charge des séroconversions à CMV au cours de la grossesse en France.

 

Carrara J et coll. : Management of cytomegalovirus seroconversion during pregnancy in France. Fetal Diagn Ther 2016; 39: 4-12

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