L’infertilité masculine constitue un enjeu croissant de santé publique et participe à près de la moitié des situations d’infertilité des couples. Si les causes génétiques, hormonales et anatomiques sont bien identifiées, l’impact de l’environnement et des facteurs liés au mode de vie suscite un intérêt grandissant, en particulier envers ceux qui sont potentiellement modifiables. Parmi eux, la nutrition et l’état métabolique occupent une place centrale.
Au cours des dernières décennies, l’augmentation mondiale du surpoids et de l’obésité a concerné une part importante des hommes en âge de procréer. Cette évolution s’accompagne d’une prévalence accrue des désordres métaboliques, tels que l’insulinorésistance ou le syndrome métabolique, qui sont désormais reconnus comme des facteurs délétères pour les fonctions de reproduction masculine. Parallèlement, la qualité de l’alimentation, indépendamment du poids corporel, apparaît comme un déterminant clé de la spermatogenèse et de l’intégrité des spermatozoïdes. Les impacts cliniques sont multifactoriels et méritaient d'être repertoriés, comme vient de le faire Gyneco on line dans une revue globale de l'infertilité masculine.
Les données cliniques et épidémiologiques montrent que le surpoids (IMC > 25) et l’obésité (IMC > 30) sont associés à une infertilité (ou un délai à concevoir plus long) et à une altération des paramètres spermatiques, incluant une diminution de la concentration et de la mobilité des spermatozoïdes, ainsi qu’une augmentation de la fragmentation de l’ADN spermatique. Cette dernière induit une diminution des chances de fécondation, une altération du développement embryonnaire et des échecs en assistance médicale à la procréation (AMP).
A noter qu'indépendamment de l'IMC, la présence d’une insulinorésistance, d’une dyslipidémie ou d’une obésité abdominale sont associée à une altération des paramètres spermatiques et à une infertilité masculine idiopathique plus fréquente.
Ces anomalies s’accompagnent fréquemment de perturbations hormonales (diminution des concentrations circulantes de testostérone totale et libre, associée à une baisse des taux de LH et de FSH) compatibles avec un hypogonadisme fonctionnel, liées à une aromatisation accrue des androgènes en œstrogènes et à une dysrégulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique. Ces perturbations endocriniennes ont des répercussions directes sur la spermatogenèse, mais également sur la fonction sexuelle, avec une augmentation de la prévalence des troubles de l’érection et de la baisse de la libido chez les hommes obèses.
Au-delà du poids corporel, la qualité de l’alimentation apparaît comme un déterminant indépendant de la santé reproductive. Les régimes riches en aliments ultra-transformés sont associés à une altération rapide de la santé métabolique et reproductive (3 semaines), indépendamment de l’apport calorique. Le stress oxydatif et l’inflammation chronique de bas grade constituent des mécanismes physiopathologiques majeurs reliant déséquilibres nutritionnels et altération de la fertilité masculine avec des anomalies des membranes spermatiques et une augmentation de la fragmentation de l'ADN.
A l'inverse, des profils alimentaires sains, proches du régime méditerranéen, sont corrélés à de meilleurs paramètres spermatiques et à une meilleure intégrité de l’ADN. Parmi les nutriments d’intérêt, les acides gras oméga-3 jouent un rôle essentiel dans la fluidité membranaire des spermatozoïdes et leur capacité fécondante. Les micronutriments tels que le zinc, le sélénium, les vitamines C et E participent à la protection contre le stress oxydatif et au maintien de la spermatogenèse.
Les interventions sur le mode de vie constituent un levier thérapeutique important. Chez les hommes obèses, la perte de poids est associée à une amélioration du profil hormonal, avec une augmentation des taux de testostérone, ainsi qu’à une amélioration des fonctions érectiles. Plusieurs études suggèrent également une amélioration de la concentration spermatique et de l’intégrité de l’ADN spermatique après une perte de poids, bien que les données restent encore limitées.
L’activité physique constitue un déterminant important de la santé reproductive masculine, avec des effets qui dépendent étroitement de son intensité, de sa fréquence et de son contexte.
La sédentarité prolongée représente quant à elle un facteur de risque indépendant d’altération de la fertilité masculine. Le temps passé en position assise, notamment devant les écrans, est associé à une diminution de la concentration spermatique et à une augmentation du stress oxydatif, indépendamment du niveau global d’activité physique. Ces effets peuvent être liés à l’augmentation de la température scrotale, à la réduction de l’activité musculaire et aux désordres métaboliques associés à l’inactivité.
Au contraire, une activité physique régulière et modérée est associée à de meilleurs paramètres spermatiques. Une activité modérée est associée à une augmentation de la concentration spermatique, de la mobilité progressive et de la vitalité des spermatozoïdes. Ces effets positifs sont observés indépendamment de l’indice de masse corporelle, suggérant un bénéfice propre de l’exercice physique sur la fonction testiculaire. Sur le plan endocrinien, l’activité physique modérée favorise un profil hormonal plus favorable, caractérisé par des concentrations plus élevées de testostérone totale et libre.
Paradoxalement, une activité excessive ou inadaptée peut, exercer un effet délétère sur les fonctions de reproduction. Les sports d’endurance à haut volume, tels que la course de fond, le cyclisme intensif ou le triathlon, ont été associés à une diminution des concentrations de testostérone, parfois qualifiée d’« hypogonadisme de l’athlète », ainsi qu’à une altération de la spermatogenèse.
La perte de poids chez les hommes obèses et la pratique d’une activité physique régulière et modérée sont associées à une amélioration du profil hormonal et, dans certaines études, de la qualité spermatique. L’ensemble de ces données plaide en faveur de l’intégration systématique de l’évaluation nutritionnelle et des interventions hygiéno-diététiques dans la prise en charge globale de l’infertilité masculine.
Ref : https://newsletter.gyneco-online.com/index.php?page=3306
