Chez les patients diabétiques dialysés, l’équilibre glycémique est particulièrement difficile à obtenir : l’insuffisance rénale chronique et la dialyse favorisent à la fois hypoglycémies et hyperglycémies, tandis que les variations de l’HbA1c, de la fructosamine et de l’albumine glyquée deviennent tributaires de nombreux facteurs, tels l’anémie, les agents stimulant l’érythropoïèse, l’hypoalbuminémie ou encore la dénutrition. Pour certains, la mesure continue du glucose (MCG) pourrait mieux détecter les déséquilibres glycémiques. Cette stratégie peut-elle pour autant améliorer le pronostic et notamment diminuer l’incidence des événements cliniques majeurs ? Une étude de cohorte rétrospective américaine essaie d'apporter des éléments de réponse à cette question.
Les bases de données de la Veterans Health Administration, de l’United States Renal Data System et de Medicare ont été croisées à cette fin. Ont été inclus des vétérans adultes diabétiques traités par dialyse (hémodialyse dans 95 % des cas) entre janvier 2012 et décembre 2023, le suivi étant assuré jusqu’en février 2025. Les patients ayant reçu une première prescription de MCG après le début de la dialyse ont été comparés à ceux qui n’ont pas bénéficié de cette surveillance. La quasi-totalité des participants (99 %) recevait une insulinothérapie.
Parmi 65 059 patients éligibles, 1 552 ont débuté une MCG, les 63 507 autres patients constituant en quelque sorte une population témoin. L’analyse des cas complets, limitée aux patients ne présentant aucune donnée manquante pour les variables d’ajustement statistiques démographiques et cliniques, a porté sur 1 004 utilisateurs de MCG appariés à 1 004 non-utilisateurs, soit 2 008 patients. Une seconde analyse a remplacé les valeurs manquantes par des estimations statistiques multiples, permettant d’inclure 1 544 patients dans chaque groupe, soit un total de 3 088 participants.
Au terme d’un suivi médian de 2,1 années, totalisant 5 212 sujets-années et 903 décès, le taux brut de mortalité a atteint (pour 1000 sujets-années) 161,3 sous MCG contre 186,4 dans l’autre groupe. Après appariement, la MCG a été associée à une réduction de 14 % du risque de décès.
Les analyses secondaires ajoutant l’HbA1c et les triglycérides au score de propension changent toutefois un peu la donne. Dans l’analyse des cas complets, l’association n’atteint plus en effet le seuil de significativité statistique après double ajustement.
Plusieurs pistes d'amélioration en cas de MCG ont été proposées : détection et correction plus rapides des hypoglycémies susceptibles de favoriser les troubles du rythme, réduction des pics d’hyperglycémie et de la variabilité glycémique ou encore diminution possible du risque infectieux, des chutes et des complications neurologiques. L’étude ne permet touefois pas de relier les associations observées à une amélioration du temps dans la cible, à une réduction des hypoglycémies ou à une moindre variabilité de la glycémie.
L’interprétation des résultats doit rester prudente. Une prescription ne garantit ni l’utilisation effective du CGM ni son adoption sur le long terme. Malgré l’appariement statistique et les ajustements multiples, des facteurs de confusion résiduels peuvent être en cause : les utilisateurs de MCG peuvent être plus engagés dans leurs soins, mieux accompagnés ou plus enclins à adopter une technologie. Les données manquantes concernent souvent l’IMC, l’HbA1c et les triglycérides. Le recrutement presque exclusivement masculin, la faible représentation de la dialyse péritonéale et le recours quasi général à l’insuline limitent la généralisation. Enfin, cette étude observationnelle établit une association et non un effet causal de la MCG sur la survie.
Ces résultats constituent néanmoins un signal clinique non négligeable dans une population à très haut risque, chez laquelle les marqueurs glycémiques usuels sont insuffisants pour l’optimisation du contrôle glycémique. Des études prospectives, idéalement randomisées, s’imposent pour évaluer avec plus de précision, non seulement la mortalité, mais aussi l’incidence des hypoglycémies, des hospitalisations et des événements cardiovasculaires ou infectieux. La qualité de vie, l’observance et le rapport coût-efficacité du CGM dans ce contexte méritent également d’être pris en compte.
Ref : JIM - 17 août 2026.
