Les aliments ultra-transformés (AUT) ne sont pas seulement de faible qualité nutritionnelle. Ils pourraient aussi modifier le microbiote intestinal, altérer la barrière intestinale et perturber le système immunitaire, augmentant ainsi le risque de maladies chroniques et allergiques. C'est le message d'alarme envoyé lors du  congrès de l'ESPGHAN à Lille.
La classification NOVA fait figure de référence pour évaluer le degré de transformation des aliments. Elle répartit ces derniers en 4 groupes, selon la nature, le degré et l’objectif des procédés industriels utilisés. Les aliments ultra-transformés correspondent au groupe 4. Il s’agit de formulations industrielles élaborées principalement à partir d’ingrédients dérivés d’aliments, auxquels sont ajoutés des additifs destinés à améliorer la texture, la saveur, la conservation ou l’apparence.
Leur consommation ne cesse d’augmenter dans le monde. Dans plusieurs pays industrialisés, notamment les États-Unis, le Canada ou le Royaume-Uni, ils représentent désormais plus de la moitié des apports énergétiques quotidiens. Leur progression est rapide également dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où ils remplacent progressivement les aliments peu transformés.
Des méta-analyses récentes ont mis en évidence une relation dose-réponse entre la consommation d’AUT et le risque d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardio-vasculaires ou de certains cancers. Toutefois, la part de la morbidité mondiale spécifiquement attribuable à ces aliments n’a pas encore été quantifiée de manière globale.
 Selon R. Berni Canani, les effets délétères des AUT ne peuvent s’expliquer uniquement par leur richesse en sucres, en sel ou en graisses. Plusieurs autres mécanismes biologiques sont envisagés. La consommation régulière d’AUT pourrait par exemple favoriser une dysbiose intestinale,  exercer des effets directs sur les cellules intestinales et augmenter la perméabilité de la barrière intestinale, induire une inflammation chronique ou encore perturber le système immunitaire.
Le microbiote intestinal semble se trouver au cœur des effets des AUT sur la santé. De nombreuses études montrent qu’une consommation élevée d’AUT est associée à une diminution de la diversité du microbiote intestinal, notamment de l’α-diversité, considérée comme un marqueur de « bonne santé digestive ». Il a été observé aussi une réduction des bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte, essentiels au maintien de l’intégrité de la barrière intestinale et à la régulation des réponses immunitaires. Les AUT semblent aussi favoriser l’installation de microorganismes à potentiel pro-inflammatoire. 
Inversement, une alimentation riche en aliments peu transformés, en fibres et en végétaux est associée à une plus grande diversité microbienne et à un profil du microbiote considéré comme plus favorable à la santé.
Les aliments ultra-transformés renferment de nombreux composés susceptibles d'interagir avec l'organisme. Parmi eux figurent les additifs alimentaires, tels que certains émulsifiants, édulcorants ou exhausteurs de goût, mais également les produits de glycation avancée (Advanced Glycation End Products, AGEs), formés lors des cuissons à haute température. Ces derniers activent des voies inflammatoires et sont suspectés de contribuer au développement des maladies allergiques. 
Cette hypothèse est d’autant plus étudiée que les maladies allergiques de l'enfant sont en forte augmentation dans le monde. En altérant la composition du microbiote, la barrière intestinale et les réponses immunitaires, les AUT pourraient donc compromettre l’acquisition de la tolérance et créer un terrain favorable au développement des maladies allergiques chez les sujets prédisposés.
Si le lien entre la consommation d’AUT et les maladies chroniques est désormais étayé sur le plan épidémiologique, les mécanismes biologiques restent toutefois à préciser. Le rôle du degré de transformation industrielle, des additifs et des modifications du microbiote intestinal constitue un axe majeur de recherche, avec des perspectives en matière de prévention, notamment chez l'enfant, où la préservation du microbiote pourrait représenter un levier essentiel pour limiter le développement futur des maladies métaboliques et allergiques.

Ref : JIM.fr 58ème congrès de l'ESPGHAN à Lille.

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