Organisation des prélèvements en dehors des laboratoires, formation du personnel, financement… la parution d’un arrêté début février 2026 permettant de réaliser des actes de biologie médicale délocalisée en Ehpad, maison de santé ou en cabinet, inquiète les biologistes médicaux, qui redoutent une réforme mal préparée.
Bien que globalement favorables à la facilitation des urgences biologiques, ils mettent en cause l’organisation pratique de ces examens délocalisés, leur financement et la formation des professionnels hors laboratoires.
L’arrêté précise que la « phase analytique des examens de biologie médicale peut être réalisée en dehors d’un laboratoire de biologie médicale dans un cabinet médical, une maison de santé, un centre de santé, un Ehpad ». Est précisée aussi la liste des examens autorisés (glycémie, hémoglobine, INR, D-dimères, troponine et tests viraux rapides, etc.). Une demande d’autorisation à l’agence régionale de santé (ARS) adressée conjointement par le laboratoire responsable et la structure d’accueil (cabinet, Ehpad, etc.) doit mentionner l’identité du biologiste chargé d’assurer la formation du personnel effectuant les analyses. L’arrêté mentionne par ailleurs les modalités d’organisation et de logistique (locaux, conservation des échantillons et des résultats, etc.), autant de conditions nécessaires pour obtenir l’autorisation de l’ARS.
Las, les syndicats de biologistes sont circonspects voire mécontents devant la parution, trop rapide à leurs yeux, de cet arrêté alors que de nombreux sujets sont loin d’être réglés avec la direction de la Sécurité sociale (DSS). Alors que le principe de la biologie délocalisée a été réclamé à l’origine par les services d’urgences qui voulaient des résultats rapides, ce texte aurait été étendu par le gouvernement pour répondre aux besoins des malades mais sans prendre en compte les observations des biologistes. Par exemple, les contraintes organisationnelles vont être alourudies, ce qui pose un problème en particulier pour les équipes cliniques qui n'ont pas l'habitudes des exigences liées à l'accréditation. Il ne semble pas non plus que les pouvoirs publics aient réalisé une cartographie des besoins sérieuse.
L’organisation et le lieu des actes délocalisés posent question. Par exemple, qu'en est-il des cabinets de sage femme? Concernant l’extension du système aux Ehpad, le doute subsiste aussi.
Surtout les besoins territoriaux n’auraient pas été évalués. Les syndicats de biologistes demandaient depuis trois ans une cartographie de l’existant qui n’a pas été faite, à savoir la compilation des laboratoires existants, des horaires d’ouverture, des examens d’urgence sur place, afin de connaître les lieux où la biologie délocalisée était nécessaire.
La question du personnel chargé des examens est une autre source d’inquiétude. Est-ce l’infirmière, le personnel technique, le médecin lui-même qui devra être formé? La réforme de la biologie délocalisée préoccupe aussi les médecins coordonnateurs d’Ehpad, faute de concertation, dans un contexte d’élargissement de leurs missions et de glissement de leurs tâches. D’autant que pour certains actes, il faudra de toute façon un médecin pour interpréter les résultats.
Le panel d'examens relevant des EBMD est également discutable. On peut par exemple s'étonner de l'absence de la CRP souvent utile en screening en cas de suspiscion de syndromes inflammatoires ou infectieux.
Un dernier obstacle est le financement. Aucune enveloppe spécifique pour ces examens hors laboratoire n’a été prévue dans l’accord de 2023 entre la Cnam et les biologistes (qui prévoyait une croissance annuelle maximale de 0,4 % sur les trois années suivantes). Pour les syndicats de biologistes, pas question d’inclure le surcoût de ces nouveaux actes délocalisés dans l’enveloppe existante, car cela ferait s’effondrer la rentabilité. De fait, ces examens de biologie médicale délocalisée (EBMD) génèrent un surcoût médian « 15 fois supérieur » à celui des examens en laboratoire, mentionnait un guide de l’Agence nationale de l’appui à la performance sanitaire et médico-sociale (Anap) fin 2025. Ces actes sont souvent utiles pour éviter des passages aux urgences, mais si la demande n'est pas maîtrisée cela va générer des dépenses monstrueuses.
Quotidien du médecin 18/02/2026
