L'évolution de l’épidémie de VIH en France est similaire à celle des autres pays Européens avec encore trop de diagnostics tardifs. Pour autant l’objectif 95-95-95 (dépistage-traitement-contrôle) pour 2030 reste en ligne de mire.
Dans l’Union européenne (UE) et l’Espace économique européen (EEE), en 2024, près de la moitié des diagnostics de VIH étaient en effet trop tardifs pour que la mise sous traitement soit optimale. C'est en tous cas ce que disent des rapports de surveillance publiés à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida ce 1er décembre par le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC).
L’an passé, 24 164 diagnostics de VIH ont été recensés dans l’UE, soit un taux de 5,3 par 100 000 personnes. Cette proportion est 14,5 % plus faible qu’en 2015 et 5,4 % moindre qu’en 2023, marquant donc une baisse continue du taux de nouvelles séropositivités. Les relations sexuelles entre hommes restent le principal mode de transmission, à hauteur de 48 % sauf en France où plus de la moitié des contaminations après rapports hétérosexuels en 2024. Dans toute l'Europe les transmissions par relations hétérosexuelles sont en augmentation, comptant pour près de 46 % des diagnostics. Quant aux cas rapportés au stade sida, ils ont baissé de 30 % sur la dernière décennie, surtout chez les hommes et la mortalité liée au sida a diminué de 62,9 %.
Néanmoins, malgré des améliorations pour aller vers des diagnostics précoces du VIH, pas moins de 2 200 cas de sida ont été recensés dans 27 pays de l’UE/EEE en 2024. L’ECDC déclare reconnaître le progrès clair avec moins de cas rapportés et de décès liés au sida dans l’UE/EEE mais déplore que 48 % des diagnostics de VIH soient tardifs. Cette défaillance du dépistage, combinée à un nombre croissant de cas non diagnostiqués, met sévèrement en péril les objectifs 2030 pour éliminer le VIH en tant que menace de santé publique.
En France, le constat est très similaire, d’après le dernier bilan de Santé publique France (SPF). Ce sont 5 100 personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2024, les rapports hétérosexuels comptant pour 53 % des contaminations, suivis des rapports entre les hommes (42 %). Si le nombre annuel de personnes diagnostiquées en France se stabilise après l’augmentation observée en 2020-2023, 43 % des diagnostics de 2024 sont tardifs (taux de CD4 inférieur à 350), dont 27 % à un stade avancé (stade sida ou taux de CD4 inférieur à 200).
Malgré la proportion de diagnostics tardifs observés en France comme en Europe, l’objectif 95-95-95 défini par l’OMS pour 2030 est atteignable. En 2024, à l’échelle de l’UE/EEE, 93 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) connaissaient leur statut, 95 % d’entre elles étaient sous traitement antirétroviral et 94 % des personnes traitées avaient une charge virale indétectable (seuil de 200/mm3). La France a elle aussi très bien progressé dans la continuité des soins et se place légèrement au-dessus de cette moyenne européenne avec 94 % de personnes diagnostiquées, 96 % traitées et 97 % indétectables. Mais SPF estime encore à 9 700 le nombre de PVVIH non diagnostiquées en 2024.
C’est donc sur le dépistage que la France a des cartes à jouer. L’ECDC recommande aux pays concernés d’accélérer le dépistage en se concentrant en priorité sur les populations défavorisées, ayant des accès sous-optimaux au dépistage, au traitement et aux soins.
Après un rappel des actions mises en œuvre dans la Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 et du franc succès de Mon Test IST, le ministère de la Santé a annoncé la publication prochaine de la feuille de route pour la période 2026-2030, en cours d’élaboration. Elle abordera la santé sexuelle dans sa globalité et répondra aux grands enjeux de la lutte contre le VIH en poursuivant nos efforts sur la prévention combinée, le dépistage, l’amélioration des parcours de prise en charge, l’accompagnement des professionnels de santé et la prise en compte des besoins spécifiques des populations les plus concernées.
Dans un communiqué, le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) décrit des pratiques et modes d’exposition en pleine évolution : augmentation des diagnostics chez les 15-24 ans, baisse de l’usage du préservatif, recours à la Prep insuffisant et risques associés au chemsex. l'une des réponses est la poursuite et l'amplification du dispositif "Mon test IST dans lequel les biologistes se sont beaucoup impliqués et qui connait un grand succès : les sérologies dans ce cadre représentent 20 % de l’ensemble des 8,5 millions de sérologies réalisées en 2024.
Ref : Quotidien du médecin 01/12/25
