Le cancer de l’ovaire est surnommé le tueur silencieux car il évolue longtemps à bas bruit, sans signes cliniques, et n’est le plus souvent découvert qu’à des stades avancés rendant toute thérapeutique à visée curative vaine. L’utilité d’un dépistage permettant un diagnostic précoce est donc particulièrement avérée dans ce cas. Un essai américain randomisé sur 78200 femmes a donc essayé d’associer un dosage biologique (CA 125) et un examen echographique. Pour être généralisé sur une grande échelle les examens paracliniques doivent en effet être facilement réalisables et standardisables et à un coût raisonnable pour la société. Les femmes agées de 55 à 74 ans ont donc été suivies pendant 12 ans en moyenne avec dans un groupe témoin un simple toucher vaginal annuel alors que dans le groupe « intervention » les patientes bénéficiaient d’un dosage annuel de CA 125 pendant 5 ans et d’une échographie pelvienne par voie endovaginale pendant 3 ans. Les résultats ont été communiqués au congrès de l’ASCO en Juin 2011.Si un nombre légèrement supérieur de cancers de l’ovaire ont été diagnostiqués dans le groupe intervention (212 vs 176), il apparait que cela n’a pas permis de réduire la mortalité (118 décés dans le groupe intervention contre 100 dans le groupe témoin). En revanche, le manque de spécificité du dépistage a conduit à un geste interventionnel chez 3285 femmes faussement positives avec survenue d’une complication grave iatrogène dans 15% des cas.La principale explication de cet échec tant du point de vue de la sensibilité que de la spécificité tient aux limites actuelles de l’échographie, insuffisamment performante pour dépister les cancers de l’ovaire à un stade précoce (seuil actuel = 10 cm2). De même pour le CA 125, il faudrait abaisser le seuil de normalité actuel (35 UI/ml) au risque d’augmeter encore le nombre de faux positifs. Une suggestion peut-etre plus pertinente serait la mise en place d’un suivi biologique longitudinal sur une longue période tenant compte des variations du marqueur au cours du temps (élévation continue) plutôt que des valeurs absolues ponctuelles.JAMA n° 22 Juin 2011