Les dysthyroïdies sont une cause classique de fausse couche, à rechercher systématiquement en cas d’épisodes à répétition. Des arguments plaidant pour la responsabilité d’un mécanisme auto-immun avaient été avancés dans certains travaux mais il n’y avait jamais eu d’étude spécifique à ce sujet. C’est dans ce but qu’une méta analyse a été conduite par des épidémiologistes britanniques afin de discerner le rôle éventuel des Ac anti-thyroïdiens (Ac anti-Tpo essentiellement) indépendamment de désordres hormonaux. En effet 2 thèses s’opposent (ou se complètent) : celles mettant en avant un déficit en hormones bio disponibles ou une moindre réceptivité du tissu thyroïdien pendant la grossesse et celle insistant sur le rôle délétère d’un état d’auto-immunité reflété par la présence d’Ac anti-thyroïdiens.La méta analyse a compilé les données de 31 études portant sur ce sujet. Une association directe entre le risque de fausses couches et/ou de naissances prématurées a été mise en évidence dans 28 d’entre elles portant sur plus de 12 000 patientes. Le méta analyse a montré que le risque de fausse couche était triplé. Cette association était retrouvée également chez les patientes cliniquement et biologiquement euthyroidiennes. Ces résultats sont en faveur de l’intérêt d’un dépistage de la présence d’Ac anti-thyroïdiens chez la femme enceinte, à la condition que des mesures préventives puissent être mises en place. A cette fin, les auteurs ont repris les données des études ayant évaluées l’effet d’un apport complémentaire de Lévothyroxine. Les résultats de 2 études randomisées ont montré une diminution de 52% du risque de fausse couche et ceux d’une troisième de 69% du risque de prématurité.Des conclusions peuvent être tirées de ces résultats : tout d’abord la présence d’Ac anti-thyroïdiens peut être considéré comme un facteur de risque obstétrical, même si la fonction thyroïdienne est normale. En outre, si l’effet protecteur de la Levothyroxine était confirmé, la question du dépistage ciblé ou systématique devrait être posée compte tenu de la fréquence des Ac anti-thyroïdiens dans la population générale.BMJ 2011 ; 342 : 2616