Les MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales) sont responsables de manifestations morbides graves et invalidantes et les traitements actuellement utilisés sont d’efficacité inégale et non dénués d’effets secondaires. C’est pourquoi l’analyse du cas particulier d’un patient californien atteint de RCH et ayant l’idée a priori farfelue de se soigner en ingérant des helminthes mérite d’être reportée.Des observations cliniques et des petits essais randomisés avaient montré que les MICI étaient moins fréquentes ou moins graves dans les pays à forte endémicité pour les helminthiases et que l’ingestion d’œufs de Trichuris suis par des patients atteints de RCH ou de maladie de Crohn avait abaissé l’activité de ces maladies chez 40 à 75% des sujets. Ayant pris connaissance de ces données, un patient californien de 34 ans a choisi de s’automédiquer en ingérant des œufs de Trichuris trichiura, ou trichocéphale, capable de coloniser durablement l’intestin. Après quelques mois de traitement, le sujet était asymptomatique. Après 3 ans de rémission continue, il a rechuté mais cet épisode a été relié à une diminution de la colonisation par les trichocéphales. Une seconde ingestion a permis une nouvelle rémission.Les scientifiques se sont interrogés sur les mécanismes physiologiques pouvant expliquer cette baisse d’activité. Ils ont réalisés des prélèvements d’échantillons de la muqueuse intestinale lors des périodes de rémission et de rechute. Selon eux l’explication est double. La colonisation par le trichocéphale réoriente la réponse immunitaire locale avec production par les lymphocytes T Helpers d’IL 22, favorisant la cicatrisation muqueuse, au lieu de l’IL 17 qui est une cytokine inflammatoire. En outre, l’épithélium colique produit une quantité accrue de mucus lors de l’infection, ce qui protège la muqueuse et atténue les symptômes.En dépit de ce succès ponctuel, les auteurs ne conseille pas le recours à une thérapie helminthique, du moins tant que ces effets secondaires n’auront pas été évalués. En effet, le trichocéphale peut lui-même être responsable d’une inflammation intestinale qui pourrait exacerber la symptomatologie chez d’autres patients moins tolérants.De futures expérimentations animales ou des études de cohorte à grande échelle sont indispensables avant de valider cette option thérapeutique.Science translationnal Medicine Dec 2010