Les télomères sont des séquences d’ADN non codantes répétées localisées à l’extrémité de tous les chromosomes. Leur fonction est restée longtemps inconnue, avant que n’apparaissent dans les années 70 des preuves de leur rôle dans la protection du génome. Ils raccourcissent physiologiquement avec l’âge mais aussi sous l’effet de différents stress tels que l’inflammation. Des enzymes nucléaires, les télomérases, peuvent accentuer la perte des fonctions protectrices. Des études ont ainsi montré que des télomères courts sont associés à un risque plus élevé de maladies dégénératives ou liées au vieillissement.La relation avec le risque de cancer n’avait, par contre, jamais été établie. Une étude italienne s’est dans ce but attaché à établir un lien entre la longueur des télomères et le risque de cancer. Cette étude prospective a concerné une cohorte de 787 patients indemnes de tout cancer au moment de leur inclusion et chez lesquels la longueur des télomères leucocytaires a été déterminée par PCR. Ils ont été suivis pendant 10 ans à la recherche de tout type d’affection maligne. Durant cette période, 92 sujets ont présenté un cancer (13,3 pour 1000 sujets/années). L’analyse statistique des données met clairement en évidence un lien entre la longueur des télomères et le risque de survenue de cancer, ceci indépendamment des facteurs de risque connus. Ainsi le risque relatif ajusté (RRA) de cancer est estimé à 1,60 en analyse multi variée pour une diminution de longueur des télomères d’une DS.Si l’on définit 3 groupes de sujets en fonction de la longueur télomérique, l’incidence du cancer par rapport à la population de longueur maximale indique un risque relatif de 2,15 pour la population de longueur intermédiaire et de 3,11 pour l population de longueur la plus courte, ce qui revient à des fréquences annuelles de cancers (en sujets années) de 5,1, 14,2 et 22,5. Cette association est retrouvée pour les 2 sexes et pour les données de mortalité par cancer.Cette étude de cohorte montrant une relation inverse hautement significative entre longueur télomérique et risque de cancer ouvre la voie à des voies thérapeutiques novelles, notamment ceux évaluant l’intérêt potentiel d’inhibiteurs de télomérases.JAMA 2010 ; 304 : 69- 75