Certains spécialistes de médecine et biologie de la reproduction constatent ces dernières années une proportion croissante de tératospermies, souvent qualifiées de majeures, voire d’extrêmes. Ces résultats émanent pourtant de laboratoires spécialisés dans l’analyse du sperme. La recherche de la cause de cette inflation pouvait tenir à une réelle altération de la morphologie des spermatozoïdes ou à des changements de normes ou de critères de classification. Lorsque la tératospermie était isolée, ce qui était souvent le cas, le problème de la prise en charge du couple se posait : que fallait-il proposer : insémination intra-utérines, FIV voire FIV-ICSI d’emblée ?Le guide des bonnes pratiques en AMP de 2008 déconseille en effet le recours à l’IIU en cas de tératospermie sévère, et nombreuses équipes sont donc allé plus loin en renonçant à cette possibilité en cas de pourcentage de formes anormales > 80%.Cependant, devant la recrudescence de ces tératospermies orientant de plus en plus de couples vers des solutions plus radicales, d’autres équipes ont continué à prendre en charge en IIU des tératospermies isolées (pas d’autres facteurs péjoratifs : couples jeunes, absence d’anomalie urologique). La surprise est venue de l’excellent taux de succès rencontré par certaines équipes (22 couples, 42 IIU et 55% de grossesse évolutive par couple à Sèvres par exemple).La parution en 2010 des nouvelles normes OMS va également dans le sens d’une évolution des caractéristiques spermatiques moyennes, ce qui oblige à revoir à la baisse les valeurs dites normales. La valeur normale de la concentration passe ainsi de 20 à 15 M/ml, la mobilité progressive de 40 à 30% et la proportion de formes normales doit être considérée comme acceptable jusqu’à 15% de formes normales dans la classification de David (20 ou 30% jusqu’alors). C’est ainsi que pour des valeurs identiques, certains sujets tératospermiques sont considérés comme normaux aujourd’hui. Cette différence d’appréciation indique qu’il faut laisser toute sa place à l’expérience et au bon sens et ne pas obéir aveuglément à des normes qui si elles restent figées sont tôt ou tard en décalage avec la réalité.Professionspecialiste.fr Octobre 2010 (Dr Joëlle BELAÏSCH ALLART)