En matière de biomarqueurs, il est rare de se trouver en présence d’un dosage comme celui de la troponine, qui cumule à la fois une grande spécificité, puisque son élévation dans le sang témoigne d’une lésion des cardiomyocytes, et d’une grande sensibilité. Ces caractéristiques expliquent son succès et le fait que la troponine (I ou T) ait supplanté les anciens marqueurs d’infarctus du myocarde.La principale limite de dosage tient à son apparition pouvant être retardée de plusieurs heurs dans la phase aiguë d’in IDM, ce qui oblige à répéter les dosages en cas de négativité (6 h plus tard classiquement) ou à y adjoindre la myoglobine, moins spécifique mais plus précoce.Les récents progrès effectués dans les techniques de dosage permettent d’abaisser le seuil de détection à des concentrations environ 10 fois plus basses que précédemment. Ce progrès méthodologique va permettre une détection plus précoce des lésions myocardiques mais va bouleverser l’interprétation des résultats et la stratégie diagnostique.En cas de résultat négatif, un deuxième dosage reste conseillé en cas de symptomatologie récente et évocatrice, mais il sera effectué à 3h et non plus 6 h après. La confirmation de la négativité permet d’écarter à coup sûr une nécrose myocardique.Un résultat fortement positif, supérieur au seuil des troponines « classiques » confirme le diagnostic de nécrose myocardique, d’origine très majoritairement coronarienne. C’est en cas de résultat faiblement positif que le clinicien et le biologiste vont devoir raisonner différemment et sortir de l’équation simpliste « troponine positive = infarctus du myocarde » et la remplacer par celle plus subtile « troponine HS = nécrose myocardique ». En effet, cette nécrose mineure ne préjuge pas de la lésion causale, qui peut être extra-coronarienne : myocardites, syndrome de Tako-Tsubo, insuffisance cardiaque, péricardite compressive…et même le sport intense comme cela a été établi chez certains marathoniens. Il est donc utile de répéter ce dosage à 3 heures. L’absence d’élévation significative permet de rassurer le clinicien et d’écarter un IDM. Cela ne doit pas dissuader le clinicien de continuer une surveillance clinico-biologique car on peut se trouver dans le cas d’un angor d’effort chronique plus ou moins stable Par contre une augmentation importante (doublement du taux) est en faveur d’un IDM. Cette approche quantitative et cinétique est donc indispensable pour affiner.Enfin la troponine hypersensible conserve une valeur pronostique, aussi bien dans le cadre de l’IDM aigu qu’à plus long terme chez les patients coronariens.Cardiologie pratique Octobre 2010