Actuellement la plupart des patients ayant présenté un infarctus du myocarde ou un AVC prennent des anti-agrégants plaquettaires afin de réduire le risque de thrombose. Ces traitements ont l’inconvénient de perturber l’hémostase et de majorer le risque de saignement excessif. De plus cet effet n’est pas mesurable en routine et ces traitements sont peu maniables en cas d’évènements à risque (interventions chirurgicales, soins dentaires). Des observations cliniques ont suggéré la possibilité d’une autre stratégie antithrombotique : réduire le nombre de plaquettes circulantes. En effet on a pu observer que les patients ayant un taux de plaquettes dans les limites basses de l’intervalle de référence (150.000 à 450.000/mm3)sont associés à une nette des accidents cardio-vasculaires, y compris en cas de traitement agrégant.Une équipe américaine a donc cherché à confirmer expérimentalement cette action chez les primates (cohorte de 9 babouins). Pour cela ils ont utilisé un anti-sérum inhibant directement la thrombopoïétine et diminuant donc la production médullaire de plaquettes. La modulation du traitement et de la thrombopoïèse a donné des résultats intéressants puisqu’ils ont constaté à la fois la réduction du risque de thrombus (formation de caillots), de thrombose occlusive (diminution du flux sanguin) dans des modèles de vaisseaux sanguins lésés (greffons vasculaires recouverts de collagène).Surtout cet effet anti-thrombotique est obtenu sans modification du temps de saignement et donc de l’hémostase primaire. Ces résultats indiquent qu’il est possible d’obtenir une diminution du risque de thrombose sans risque accru de saignement. Cette stratégie de diminution contrôlée du nombre de plaquettes peut être envisagée seule ou en complément d’un traitement anti-agrégant préexistant, en particulier chez les sujets ayant une thrombocytose ou des chiffres à la limite supérieure de la normale.Un essai de phase II est prévu, en utilisant chez l’homme une molécule antagoniste de la thrombopoïétine plutôt qu’un anti-sérum. Ce médicament expérimental (BVI-007) pourrait ainsi trouver une double indication : le traitement de la thrombocytémie essentielle mais aussi la prévention des récidives dans les maladies cardio-vasculaires thrombotiques.Science Translational Medicine – Juin 2010