La pré-eclampsie est une maladie fréquente et potentiellement grave de la femme enceinte. Anciennement appelée toxémie gravidique, elle se définit par l’association d’une HTA (PA syst. > 140 mm Hg ou PA diast. > 90 mmHg) associée à une protéinurie significative (> 0,3 g/24 h apparaissant après 20 SA).Si les mécanismes physiopathologiques restent mal compris, son dépistage, son diagnostic positif comme évolutif et son pronostic reposent largement sur une bonne utilisation des tests biologiques.1)Diagnostic positif de la pré-éclampsie : Albuminurie (à partir de 20 SA) : une albuminurie minime est normale en fin de grossesse du fait de l’augmentation du débit glomérulaire mais elle ne doit pas dépasser physiologiquement 0,3 g/24h. Le dépistage peut être réalisé sur échantillon d’urines mais en cas de concentration proche ou supérieure à 0.3 g/l, un dosage sur urines de 24 h est indispensable. En cas d’antécédents de pré-éclampsie ou de néphropathie préexistante, une quantification précoce et régulière doit être instituée. Les autre éléments du diagnostic positif sont cliniques (HTA, oedèmes, prise de poids)2)Marqueurs de pré-éclampsie sévère : le retentissement rénal de la pré-éclampsie peut se traduire par une augmentation de l’uricémie (> 350 umol/L) et de la créatininémie (> 75 umol/L)3)Marqueurs de HELLP Syndrome (Hemolysis ELevated enzyme Liver, low Platelts count) : principale complication (0,5% des grossesses) il associe une cytolyse hépatique avec élévation des transaminases, une thrombopénie de sévérité variable (considérée comme sévère si < 50 000 G/L) et une hémolyse (HPT effondrée, élévation des LDH et de la bilirubine libre). Il peut y avoir une dissociation de ce trépied biologique. Des examens d’hémostase (TP, TCA, fibrineux, +/- facteur V, Dimères) doivent être réalisés en urgence afin d’anticiper une éventuelle césarienne en urgence pour décollement placentaire et/ou souffrance fœtale aiguë et apprécier l’impact d’une éventuelle insuffisance hépatocellulaire, s’ajoutant à la thrombopénie pour favoriser le risque hémorragique.4)Marqueurs prédictifs de pré-éclampsie : la majorité des travaux a concerné des marqueurs dosés en début de grossesse, en particulier les marqueurs biologiques utilisés pour le dépistage de la T21. Il a ainsi été mis en évidence un risque relatif significatif en cas d’élévation de l’HCG totale (ou ß HGC totale ou libre), d’AFP ou au contraire des taux bas de PAPP-A (dépistage combiné du 1er trimestre). Mais c’est avec l’inhibine A (si > 2,0MoM) que le facteur de vraisemblance est le plus fort. Malheureusement ce marqueur n’est que peu utilisé dans cette indication en France. L’association des résultats biologiques avec les mesures des dopplers utérins permettraient probablement m’amélioration de la prise en charge des femmes à risque.5)Marqueur pronostic : largement utilisé pour le diagnostic et le suivi de l’insuffisance ventriculaire gauche, ce peptide semble être augmenté de façon corrélée au risque de survenue de complications dans la pré-éclampsie. Un seuil à 350 pg/mL, proche de celui de l’insuffisance cardiaque non compensée (400) a été proposé et des études complémentaires sont en cours pour en confirmer la validité.6)Examens du post-partum : la surveillance biologique doit permettre d’évaluer la réversibilité des anomalies biologiques, hématologiques, hépatiques et rénales qui peuvent être irréversibles. Par ailleurs la survenue d’une pré-éclampsie précoce, sévère ou itérative doit conduire le clinicien à demander un bilan de thrombophilie complet pour sa patiente. S’il est positif, l’intérêt d’un traitement anticoagulant préventif pour les grossesses à venir est à discuter.Si la biologie ne permet d’apprécier le pronostic fœtal, elle doit donc en revanche être largement utilisée par le clinicien pour dépister, diagnostiquer et suivre l’évolution de cette affection du 3ème trimestre de grossesse.RFL – Avril 2010