Si la pandémie due au virus H1N1 de 2009 n’a pas eu les conséquences dramatiques un temps redoutées, c’est en grande partie due à l’immunité dont étaient porteurs un grand nombre de sujets agés. Les individus ayant été en contact avec le virus A H1N1 de 1918 responsable de la grippe espagnole et ses « descendants » qui ont été majoritaires jusqu’en 1957 ont en effet bénéficié d’une protection relative. Des études coordonnées par le National Institut of Health ont permis de déterminer la communauté antigénique expliquant que les Ac développés à partir d’un virus circulant il y a plus de 50 ans aient pu être protecteur contre le nouvel influenza. Elle réside en une particularité commune au niveau d’un des 2 principaux antigènes de surface, l’hémagglutinine. L’étude par cristallographie de cette protéine a montré que dans les 2 cas, elle n’était pas liée à des sucres. Libérés de ces glycanes, l’hémagglutinine a un accès plus aisé aux récepteurs cellulaires de la muqueuse respiratoire, ce qui favorise la contagiosité. En revanche, ces 2 régions sont également plus exposées à l’action des anticorps neutralisants. Cette protection immunitaire a été démontrée chez la souris puisque des rongeurs vaccinés contre le virus grippal de 1918 résistait au H1N1 de 2009 et vice versa. En revanche 97% des virus grippaux ayant circulé entre 1977 et 2008 (H3N2 essentiellement) ont au moins un des 2 sites d’hémagglutinine recouvert par un sucre (voire les 2 dans 87% es cas). Il s’agit probablement d’un mécanisme adaptatif visant à protéger ces souches de l’action du système immunitaire. Si cette protection contre le système immunitaire s’avère efficace in vivo, ces virus peuvent néanmoins être utilisés comme vaccins. En effet, l’injection de virus transformés recouverts de glycanes n’empêche pas la production d’Ac neutralisants contre les virus originaux de 1918. Ces découvertes, en plus d’expliquer l’impact modéré de la pandémie H1N ouvrent des perspectives dans la mise au point d’un vaccin glycosylé contre le H1N1 actuel et ses futurs descendants, y compris en cas de modification et d’acquisition par des souches variantes d’une protection sucrée.Science Translationnal Medicine DOI : 10.1126 2010