Il faut rappeler que la sécrétion de chaînes légères se fait en parallèle des chaînes lourdes afin de former les Ig (2 chaînes lourdes et 2 chaînes légères de type kappa ou lambda). Les CLL sont produites en excès par rapport aux chaînes lourdes (+ 40%) et si les chaînes kappa sont produites en quantité plus importante que les chaînes lambda, elles sont éliminées plus rapidement. Le taux normal de CCL ? est de 3.3 à 19.4 mg/l et celui de CCL ? de 5.7 à 26.3 mg/l. Le rapport CCL ?/ ? est donc compris entre 0.26 et 1.65. Les CLL ne sont normalement retrouvées qu’en quantité infime dans les urines (1 à 10 mg/j) car elles sont réabsorbées majoritairement au niveau du tube proximal.
C’est en 2001 qu’est apparu le premier test de dosage de chaînes légères libres. L’indication élective était le diagnostic des myélomes à chaînes légères pour lesquels l’électrophorèse était inutile mais depuis les indications se sont multipliées dans le cadre de la biologie des dyscrasies plasmocytaires confondues : Myélome multiple (MM), maladie de waldenström (MW), gammapathies monoclonales de signification indéterminées (MGUS), amylose AL, plasmocytome osseux solitaires. .
ð Dépistage des gammapathies monoclonales : en association avec l’ELP et l’IF sériques, la sensibilité est de 97,4%, incluant les myélomes à chaînes légères et non sécrétants (que le dosage de CLL est seul capable de détecter). La sensibilité est de 100% en cas de masse tumorale importante (MM, MW)
ð Evaluation pronostique du MM : le rapport CCL ?/ ? doit être établi avant tout traitement. Les valeurs seuils sont 32. Il s’agit d’un facteur pronostique important et indépendant du taux d’albumine et de B2MG et leur association permet de déterminer une médiane de survie (0 facteur de mauvais pronostic = 51 mois, 3 facteurs = 22 mois).
ð Suivi évolutif du MM : la réponse au traitement peut être évaluée et l’efficacité est attestée par une diminution du taux > 50%. Il faut toutefois tenir compte des altérations de la fonction rénale pouvant conduire à une augmentation de leur concentration.
ð Dépistage des rechutes précoces : une ré ascension des taux (ou un déséquilibre du rapport) est observée plus précocement que celle de l’Ig monoclonale
ð Prise en charge de l’amylose AL : de la même façon que pour le MM, le dosage des CCL est utilisé pour le dépistage, le pronostic, le suivi évolutif et la réponse à la chimiothérapie (88% de survie à 5 ans si le taux de CLL diminue de plus de 50% contre 39% sinon)
ð Surveillance des MGUS : le taux de la CCL concernée et le déséquilibre du rapport CCL ?/ ? permettent, lorsqu’ils sont modérés et stables, de rassurer 50% des patients et d’espacer la surveillance.
ð MM asymptomatique : le rapport CCL ?/ ? est anormal chez 90 % des patients et le risque relatif est de 2.3 s’il est 8 et d’1 s’il est compris entre ces valeurs.
ð Plasmocytome osseux solitaire : le rapport CCL ?/ ? est anormal chez 47% des patients avec un risque d’évolution vers un MM double dans ce cas.
ð Atteinte rénale du MM : Les CLL sont responsables de l’atteinte rénale du MM (tubulopathie myélomateuse). Un taux important est donc un facteur de mauvais pronostic mais il doit être corrélé à la clairance de la créatinine du fait de l’accumulation des CLL chez les insuffisants rénaux. Chez les patients dialysés, la diminution des taux de CLL est transitoire avec rebond rapide. Toutefois certaines méthodes novatrices (hémodiafiltration, nouvelles membranes d’hémodialyse permettant l’épuration des CLL) sont en cours d’évaluation et pourraient conférer un rôle dans le suivi d’efficacité au dosage de CLL.
Quot. Med – Février 2010
