Le rôle du système immunitaire dans la lutte contre la tumorogénèse bien connu dans ses principales composantes. Elles comprennent l’immunité humorale par l’intermédiaire des lymphocytes B et des Ac, l’immunité cellulaire (lymphocytes T et cytokines) et l’immunité non spécifique (lymphocytes NK en particulier). Un nouveau mécanisme vient récemment d’être décrit par une équipe française. Il implique une catégorie de lymphocytes T méconnus, non CD4 non CD8, dits lymphocytes non conventionnels. Ils ont la particularité de ne pas reconnaître les structures peptidiques présentées par les molécules du complexe majeur d’histocompatibilité et semblent aptes à réagir avec les antigènes natifs (avant leur dégradation en peptides). Leur participation à des processus de défense anti-tumorale et anti-infectieuse (mycobactéries en particulier) avait été évoquée sans pouvoir être démontrée. L’injection à des souris de cellules issues d’une lignée tumorale reconnue par les lymphocytes non conventionnels a permis d’obtenir des Ac monoclonaux dirigées contre ces cellules. Les auteurs ont ensuite recherché si certains de ces Ac pouvaient interférer avec la fixation des lymphocytes non conventionnels sur les cellules tumorales. Un Ac bloquant leur reconnaissance cellulaire a ainsi été mis en évidence. La cible de ces Ac s’est avérée être surprenante puisqu’il s’agissait de l’apolipoprotéine A1, molécule non classiquement impliquée dans la tumorogenèse. Les chercheurs ont alors criblé les récepteurs présents à la surface des cellules tumorales et pouvant interagir avec l’apo A1. La protéine de surface impliquée est l’ATP-synthétase. L’apo-A1 pourrait renforcer la liaison entre les lymphocytes non conventionnels et ce récepteur de surface des cellules tumorales. La description d’une voie originale d’immunité anti-tumorale s’accompagne de la découverte d’interaction possible avec le métabolisme lipidique. Les auteurs poursuivent leur travail en recensant dans les tumorothèques des tumeurs exprimant l’ATP-synthétase à leur surface. Ils envisagent par ailleurs le développement de stratégies anti-tumorales se fondant sur l’utilisation de médicaments dérivant de l’Apo-A1 susceptibles de promouvoir l’effet des lymphocytes non conventionnels.

Immunity – vol 22 pp 71-80