le dépistage de masse du CCR actuellement préconisé repose sur la recherche de sang dans les selles par un test au gaïac (Hemoccult II), dont le manque de sensibilité (50%) est flagrant. Afin de pallier cet inconvénient, l’équipe « Cancers et Populations » de l’Inserm de Caen vient de démontrer l’efficacité d’un nouveau test de dépistage. La méthode utilisée repose sur un principe immunologique et permet l’analyse quantitative des résultats, au contraire de l’Hemoccult II dont la lecture est visuelle (et donc subjective) et le résultat uniquement qualitatif. Les études suggèrent qu’une utilisation optimale de ce test permettrait une diminution théorique de 15% environ de la mortalité par CCR. En pratique, un tel bénéfice, même modeste, semble difficile à obtenir du fait de la faible sensibilité du test. Les chercheurs de l’Inserm lui ont donc substitué un test immunologique de dernière génération avec une lecture automatisée. L’implication des acteurs du système de santé de Haute-Normandie a permis de tester une population de 7421 personnes en 2001. L’étude rétrospective fait apparaître 2 éléments : tout d’abord une nette augmentation de la sensibilité (85%) permettant de dépister plus de cancers mais aussi une perte de spécificité (94% vs 97% pour l’Hemoccult) entraînant une augmentation du nombre de coloscopies inutiles. Afin d’améliorer ce rapport sensibilité/spécificité, les chercheurs ont exploité la possibilité de réajustement du seuil décisionnel offerte par cette méthode quantitative (impossible avec l’Hemoccult). En augmentant cette valeur seuil (50 ng d’Hb/ ml de selles au lieu de 20), la spécificité rejoint celle de l’Hemoccult en conservant un gain de sensibilité significatif (75%). De plus la valeur prédictive atteint dans ce cas 50% (la moitié des personnes testées positivement a effectivement développé un cancer ou un polype adénomateux) contre seulement 33% avec la méthode classique. Ces résultats encourageants ont suscité la mise en route d’une étude comparant les 2 tests sur une population de 18000 personnes. Si les résultats à venir confirment la supériorité du test immunologique, une nouvelle stratégie de dépistage de masse du cancer colo-rectal pourrait être envisagée.


Int. Journal of Cancer – 02/2005