Pour des raisons sociales et morales autant que médicales, la lutte contre la toxicomanie et le dopage s'est accentuée ces dernières années. Dès le début de l'intensification des contrôles, à la fin des années 80, l'urine a été choisie comme milieu de dépistage ; le sang est réservé aux confirmations et aux expertises judiciaires. L'approche urinaire permet d'obtenir des informations sur 48 ou 72 heures (ou plus dans le cas du cannabis). Cette fenêtre de détection courte a pu être élargie grâce à l'introduction du cheveu dans l'arsenal analytique. Le tissu capillaire possède la propriété unique d'être le marqueur des expositions répétées ou chroniques. Son analyse permet en outre d'établir le profil de consommation à long terme et son évolution. Dans la pratique, l'utilisation de ces 2 types d'échantillons s'avère complémentaire, les urines permettant de caractériser un usage ponctuel et récent et les cheveux une exposition cumulée et plus ancienne. Le tableau suivant reprend les caractéristiques propres à chaque milieu dans le cadre du dépistage ou du suivi des conduites addictives.

 

Paramètres

Urines

Cheveux

Reconnu par la justice

Oui

Oui

Dépistage complet

Oui

Oui

Techniques analytiques

Immuno-chimie, GLC/MS

GLC/MS

Fenêtre de détection

2-5 j

Plusieurs mois

Adultération

Possible

Très difficile

Recueil

Non invasif

Non invasif

Conservation

+4 ou -20°

T ambiante

Analyte majeur

Métabolites

Substance mère

Recueil à distance d'un 2 ème échantillon identique

Non

oui

Type de mesure

Incrémentale

Cumulative

Risque de faux négatifs

Elevé

faible

Risque de faux positifs

Théoriquement nul

Théoriquement nul

 

La décennie écoulée a confirmé l'intérêt majeur de l'utilisation des cheveux comme marqueurs d'exposition chronique aux xénobiotiques. Les applications débordent aujourd'hui du cadre strictement judiciaire et sont utilisées dans le suivi des traitements de substitution, l'exposition in utero ou encore la lutte anti-dopage. En pratique le prélèvement est réalisé au niveau du vertex postérieur et doit concerner une mèche d'au moins 80 cheveux (diamètre d'un crayon à papier), en double en cas d'expertise judiciaire. La mèche est coupée au ciseau le plus près possible de la peau. La conservation et /ou le transport se font à température ambiante dans un tube bouché ou une enveloppe scellée.

Les cheveux en croissance incorporent les substances présentes dans le sang et permettent ainsi d'établir a posteriori le calendrier de consommation d'un xénobiotique. La croissance des cheveux étant d'environ 1 cm par mois, leur analyse cm par cm de la pointe (exposition récente) vers la racine (exposition la plus ancienne, variant selon la longueur des cheveux) permet de suivre l'évolution de la consommation dans le temps.

Communication du Dr KINTZ - journée du LMM (01/05)