Les traitements antirétroviraux actuels permettent le plus souvent de contrôler l’infection par le VIH mais sont incapables d’obtenir une guérison totale et définitive. La faute en incombe principalement à la présence de provirus latent dans les CD4 au repos, qui servent de sanctuaire à ces virus de réserve. Les traitements ne sont en effet pour l’instant actifs que sur les cellules hôtes produisant du virus. L’idée de départ est donc d’aller débusquer le virus caché en induisant sélectivement l’expression des génomes proviraux quiescents afin d’exposer ces virus persistant aux effets virucides du traitement. Une cible moléculaire a été désignée dans ce but. Il s’agit de l’histone déacétylase (HDAC). Elle induit la déacétylation des histones. Ces nucléoprotéines sous leur forme déacétylée empêchent la réplication des gènes du VIH intégrés au génome de la cellule hôte
Or, il existe un inhibiteur bien connu de l’HDAC : c’est l’acide valproïque, utilisé pour ses propriétés anti-convulsivantes. Ex vivo, on a observé que le blocage de l’expression de l’HDAC par l’acide valproïque induit la production de VIH par les cellules T précédemment quiescentes de patients avirémiques (charge virale indétectable). Dans ce contexte, une équipe américaine a cherché à évaluer cette action in vivo. Une étude menée entre 2002 et 2005 a porté sur 4 volontaires infectés par le HIV mais présentant une charge virale indétectable grâce à un traitement antirétroviral type Haart. Préalablement, une intensification du traitement Haart a été entreprise avec adjonction d’un inhibiteur de fusion (enfurtivide) afin d’essayer de réduire au maximum la quantité de virus par des moyens « traditionnels ». 6 semaines plus tard, un traitement par acide valproïque (500 à 750 mg 2 fois par jour) a été entrepris pendant 3 mois. L’évaluation de la quantité de virus présente dans les CD4 était appréciée après recueil des lymphocytes par leucophérèse avant la mise en route du traitement par enfurtivide, acide valproïque et 16 à 18 semaines après. La présence de virus était indiquée par détection de l’antigène P24.
Les résultats montrent que l’adjonction d’enfurtivide n’a pas permis de diminuer la proportion de CD4 infectés. Par contre, le recours à l’acide valproïque a entraîné une diminution importante du nombre de cellules infectées chez 3 patients sur 4, avec une réduction moyenne de 75%.
Ces résultats ajoutés à une tolérance convenable font naître de réels espoirs, car ils montrent une accélération de la clairance virale à partir des CD4 au repos.
Bien qu’ils méritent une confirmation sur une plus grande population, les auteurs réfléchissent à une stratégie thérapeutique visant l’éradication du virus : traitement antirétroviral classique au stade précoce de l’infection et en cas de charge virale indétectable, association au traitement Haart d’un inhibiteur de l’HDAC et éventuellement vaccination thérapeutique pour bénéficier d’un effet immunostimulant.


Lancet - 08/2005