Les neutropénies chez les patients sous chimiothérapie sont des sources potentielles de survenue d’infections opportunistes ou à bactéries pyogènes classiques. La conduite à tenir a longtemps été de prévenir ces infections par une couverture antibiotique, mais depuis quelques années les comportements ont évolué. Certaines équipes ne traitent les patients qu’une fois symptomatiques, lorsqu’ils présentent en particulier des poussées de fièvre significatives. Afin de trancher entre ces deux conduites à tenir, les auteurs ont comparé deux groupes de patients neutropéniques (effectif total de 760 patients avec PN < 1000/mm3) du fait d’une chimiothérapie anticancéreuse (tumeur solide). Ils ont été randomisés pour recevoir 500 mg/j de Levofloxacine dés le début de la chimiothérapie et jusqu’à résolution de la neutropénie. Leur suivi clinique et biologique a montré des différences significatives : Par rapport au groupe témoin, on a noté une diminution des épisodes fébriles (-20%, avec risque relatif = 0,76), des infections microbiologiquement documentées (-17%) et des bactériémies (-16%). Toutefois, pour être sensibles ces améliorations ne sont pas spectaculaires et il n’a pas été noté de différence en terme de mortalité entre les 2 groupes (mais la durée de l’étude était probablement insuffisante pour en tirer des conclusions définitives). La tolérance du traitement antibiotique a été bonne et son impact sur l’émergence de souches résistantes n’a pas été documenté.
Au final, il apparaît difficile de définir une conduite thérapeutique univoque. Elle doit probablement reposer sur l’appréciation de la profondeur de la neutropénie, la fragilité du terrain et le risque microbiologique environnemental.
NEJM – 353 ; 2005
