Depuis la caractérisation du virus de l’hépatite C (VHC) à la fin des années 80, les virologues se sont penchés sur les modes de transmission de l’agent infectieux. La voie parentérale a rapidement été identifiée comme jouant un rôle prépondérant aux travers de ces différents modalités (transfusion sanguine et toxicomanie intra-veineuse). D’autres modes annexes ont ensuite été décrits : actes médico-chirurgicaux invasifs, hémodialyse, tatouage, piercing, mise en commun d’objets de toilette ou contondants (brosse à dents, rasoir, ciseaux). Malgré tout, une fois ces possibilités envisagées, le mode de transmission reste indéterminé chez près d’un tiers des patients. C’est pourquoi une équipe parisienne a mené une étude rétrospective afin d’apprécier le risque de transmission sexuelle de l’infection. Classiquement, celui-ci est considéré comme négligeable en dehors de circonstances particulières (saignements pendant les rapports et MST principalement). En dehors du diagnostic d’élimination, les arguments retenus pour la transmission sexuelle du VHC étaient de 3 ordres :
? comportementaux : majoration du risque en l’absence de tout autre facteur favorisant chez les personnes à comportement sexuel à risque (partenaires multiples, pratiques sexuelles traumatisantes pour les muqueuses)
? cliniques : présence concomitante d’autres infections sexuelles érosives, séropositivité HIV.
? biologiques : génotype identique du VHC chez les 2 partenaires
? phylogénétiques : homologie des séquences génomiques entre la souche du patient source et celle du patient index
Parallèlement l’amélioration des conditions techniques de recherche a permis de confirmer la présence d’ARN du VHC dans le sperme et le liquide séminal. Les conclusions des études préalables ayant donné des résultats négatifs étaient liées à la présence d’inhibiteurs de la PCR, de protéases dégradant l’ARN viral ou de quantités trop faibles pour être détectées. L’origine du VHC présent dans le sperme n’est par contre pas clairement determinée : ultra-filtrat plasmatique, synthèse locale, réplication extra-hépatique dans des PBMC passant dans le liquide séminal ; aucune hypothèse ne peut être exclue.
En s’appuyant sur ces données expérimentales et les arguments épidémiologiques, les auteurs estiment que chez 10 à 20% des patients actuellement infectés par le VHC, une contamination par voie sexuelle est probable. Si cette hypothèse est confirmée, une mise en garde et une information prophylactiques des couples mixtes vis-à-vis de cette affection semble indispensable.
La presse médicale – 08/2005
