La tentation est grande de jeter des ponts entre des maladies relevant de la sphère neuropsychiatrique et des facteurs métaboliques, en particulier depuis les récentes découvertes liées à l’autisme. C’est ainsi qu’une grande étude de cohorte d’environ 15 000 sujets avait mis en évidence une association entre des marqueurs de sensibilité à l’insuline et le risque de suicide. Le facteur causal suggéré était l’insulinorésistance. L’hypothèse physiopathologique alors avancée insistait sur la concentration d’acides gras circulants et leur rôle sur le métabolisme du tryptophane et les concentrations de sérotonine cérébrale.
Une autre équipe britannique a voulu étendre cette hypothèse à la dépression en menant une étude transversale portant sur 4286 femmes sélectionnées par un réseau de médecins généralistes. L’insulinorésistance était évaluée par la méthode de mesure HOMA, avec un classement distinct en cas de diabète déclaré, et 3 indicateurs cliniques de dépréssion ont été retenus.
Contrairement à ce qui était attendu, la prévalence de la dépression diminue de façon linéaire avec l’augmentation de l’insulinorésistance chez les femmes sans diabète. Par contre, elle augmentait chez les femmes diabétiques. Le fait que la courbe ait une forme en J suggère que la connaissance d’un état diabétique ait en elle-même un facteur favorisant l’apparition de la dépression. Par contre, la ou les causes d’association inverse de l’insulinorésistance et de la dépression ne sont pour l’instant pas élucidées.


BMJ – 2003 (Egora.fr)