Campylobacter jejuni est l’une des principales causes de diarrhée bactérienne. Sa responsabilité dans la maladie de la chaîne alpha a récemment été évoquée. Ce lymphome intestinal présente plusieurs singularités. Du point de vue histologique et biologique, il est caractérisé par une prolifération de plasmocytes secrétant une Ig anormale constituée d’une chaîne lourde alpha tronquée sans chaîne légère associée. Au niveau épidémiologique, cette maladie rare dans les pays occidentaux est plus fréquente dans les pays en voie de développement ce qui fait évoquer une cause environnementale. Le fait qu’il réponde généralement aux antibiotiques au stade précoce suggère qu’il pourrait être déclenché par une infection bactérienne. Dans un premier temps, du fait de similitudes avec le lymphome gastrique lié à Helicobacter pylori, c’est cette bactérie qui a été suspectée, mais les études rétrospectives menées ont écarté tout lien de causalité. Une équipe parisienne ayant diagnostiqué une maladie des chaînes alpha chez une patiente camerounaise souffrant de diarrhée chronique a confirmé l’efficacité d’une antibiothérapie (amoxicilline, métronidazole, clarithromycine) combinée à un inhibiteur de la pompe à protons (régression complète de la diarrhée en 10 jours et du lymphome en 5 mois). A partir de biopsies effectuées chez cette patiente, les chercheurs ont utilisé les techniques de biologie moléculaire (PCR avec des amorces spécifiques de plusieurs espèces bactériennes) afin d’isoler une bactérie impliquée dans cette affection. Les résultats ont révélé la présence d’une seule bactérie dans les biopsies de l’intestin grêle de cette patiente : Campylobacter jejuni. Ils ont alors mené des recherches sur des échantillons de biopsies intestinales congelées provenant de 6 patients pour lesquels ce diagnostic a été porté. Chez 4 d’entre eux les recherches se sont avérées fructueuses avec présence de C. jejuni. Ces résultats sont en faveur d’une association entre l’infection à C. jejuni et ce lymphome intestinal. Toutefois, compte tenu de l’incidence élevée de l’infection à C. jejuni et la rareté de la maladie des chaînes alpha, d’autres facteurs favorisants d’origine héréditaire ou environnementale sont certainement impliqués. Des études supplémentaires permettront peut-être de comprendre le rôle de C. jejuni dans la cascade d’évènements conduisant à l’apparition du lymphome.


NEJM – 01/2004