Un français sur cinq a une consommation d’alcool pouvant avoir un effet délétère sur sa santé, mais seul un quart d’entre eux présente une dépendance avérée à l’alcool. Si le diagnostic clinique est facile chez les alcoolo-dépendants, il est souvent problématique chez les buveurs occasionnels, d’où l’intérêt des marqueurs biologiques permettant une détermination objective de la consommation. Les marqueurs traditionnels tels que le VGM et les GGT gardent tout leur intérêt dans l’appréciation de l’éthylisme chronique. Toutefois, lorsqu’il s’agit de mettre à l’épreuve des sujets quant à leur capacité à arrêter ou diminuer sensiblement leur consommation (en particulier dans un cadre médico-légal), ils sont limités par 2 inconvénients : leur manque de spécificité tout d’abord (atteinte hépatique ou rénale pour les GGT, hémolyse ou dysérythropoïèse pour le VGM) et le délai important nécessaire à une modification du taux (au moins un mois pour les GGT, plusieurs mois pour le VGM). Dans ces conditions, l’intérêt d’un marqueur plus spécifique et plus réactif était évident.
La transferrine est la protéine de transport du fer dans l’organisme et sa forme prépondérante est porteuse de 4 ou 5 résidus d’acide sialique (forme carboxylée). Or l’enzyme permettant cette fixation est inactivé par l’acétaldéhyde, métabolite de l’éthanol. Sa demi-vie courte permet une variation rapide de la proportion des formes décarboxylées, augmentant en cas de consommation excessive et diminuant en cas de conduite tempérante. Les modifications observées en cas d’hépatopathies concernent toutes les formes de transferrine et n’interfèrent donc pas sur la proportion de CDT. Les valeurs normales peuvent varier selon la méthodologie utilisée mais les conditions de variations sont univoques : la CDT s’élève après une semaine de consommation d’au moins 6 boissons alcoolisées par jour (équivalent d’un peu moins d’une bouteille de vin). A l’inverse, le taux baisse rapidement (1 à 2 semaines) après diminution drastique de la consommation et sera théoriquement normal après 3 semaines d’abstinence. Sa spécificité est bien supérieure à celle des GGT (l’augmentation de la valeur du CDT correspond à une augmentaion de la consommation de 2 boissons par jour dans 96% des cas contre 84% des cas pour les GGT). Par ailleurs, certaines études laissent penser que le CDT est plus influencée par la fréquence de la consommation alors que les GGT dépendraient plutôt de la quantité d’alcool ingérée. En dehors de la cinétique de ces 2 marqueurs, cette caractéristique pourrait expliquer les rares discordances retrouvées. Leur utilisation conjointe peut donc être envisagée du fait de leur complémentarité (100% de valeur prédictive en cas d’augmentation des marqueurs) avec une quasi-infaillibilité pour l’identification de rechutes avec augmentation de plus de 20% de la consommation d’alcool.


Spectra Biologie – 06/2004