Jusqu’à présent, l’un des grands dogmes de la biologie de la reproduction était l’incapacité de production de follicules primordiaux après la naissance. Le programme de développement des cellules germinales femelles (ovogenèse) débute durant la vie fœtale et les cellules souches ou ovogonies prolifèrent et se différencient dans les cordons ovigères jusqu’à leur entrée en prophase de première division méiotique.
A ce stade, la multiplication s’arrête et l’ovocyte primaire s’entoure de cellules somatiques (granulosa) pour former le follicule primordial. Dans l’espèce humaine le nombre de cellules germinales atteint un maximum de 7 millions à 20 semaines de gestation. Par la suite, le nombre ne cesse de chuter : 1 à 2 millions à la naissance, 400 000 à la puberté, environ 1000 en pré-ménopause. Cette déperdition est liée de façon très marginale à l’ovulation (400 à 500 follicules primordiaux atteignent le stade de follicule mûr) et essentiellement à des phénomènes d’apoptose pouvant concerner tous les stades de l’ovogénèse et de la folliculogénèse (atrésie folliculaire).
En contrepartie, aucune production de nouvelles cellules germinales susceptible de compenser cet épuisement inéluctable n’avait été décrite. Cette incapacité des cellules ovocytaires à se renouveler était commune à la plupart des espèces de mammifères.
Des travaux effectué chez la souris par une équipe américaine remettent en cause ce dogme. Tout d’abord ils ont évalué la diminution théorique du pool folliculaire lié aux phenomènes d’atrésie. Selon eux, l’importance de cette dégénérescence devrait conduire à une diminution beaucoup plus rapide de ce pool en l’absence de phénomène compensatoire. Cette observation les a conduit à poser l’hypothèse d’un renouvellement folliculaire à partir de cellules souches ovariennes et à l’étudier expérimentalement.
Des souris pré-pubères ont été soumise à un traitement par busulphan présentant une toxicité très importante pour les cellules souches mais n’induisant pas d’atrésie. Ce traitement a entraîné un épuisement de la réserve folliculaire dès la vie adulte précoce.
Pour démontrer l’existence de cellules souches entrant en méiose I dans des ovaires de souris pré-et post-pubères, ils ont greffés des ovaires « sauvages » chez des souris transgéniques exprimant de façon ubiquitaire une protéine fluorescente. La présence dans les ovaires greffés de cellules germinales positives pour ce marqueur fluorescent atteste de cette production.
L’ensemble de ces données permet donc de conclure à l’existence de cellules germinales souches poursuivant la production d’ovocytes dans l’ovaire de certains mammifères après la naissance et même la puberté. Avant d’ouvrir des perspectives en médecine de la reproduction, ces données devront bien entendu être confirmées chez la femme.
Nature 2004 - 428
