On entend par portage occulte une infection non détectable par les techniques classiques. Cette notion est bien documentée pour l’hépatite B avec des sujets Ag HBS négatifs mais chez lesquels le génome viral est retrouvé au niveau hépatique. Chez certains d’entre eux ce portage peut avoir des conséquences morbides allant jusqu’à la cirrhose ou au carcinome hépato-cellulaire.
Une équipe espagnole a cherché à savoir si ce phénomène pouvait être retrouvé avec le VHC. Une étude a donc porté sur 100 patients ayant des tests hépatiques anormaux (transaminases et gamma-GT augmentées) de façon inexpliquée. En particulier la sérologie et la recherche d’ARN du VHC par PCR étaient négatives.
Chez ces patients, ainsi que 30 patients atteints de maladies hépatiques non virales et constituant un groupe témoin, ont été réalisées des biopsies hépatiques pour recherche de l’ARN du VHC dans le foie (technique de RT-PCR « maison » avec un seuil de détection à 100UI/ml). Les résultats sont spectaculaires puisque le génome du VHC a été retrouvé chez 57% des sujets étudiés contre aucun dans le groupe témoin. Dans tous les cas le génotypage viral a mis en évidence le génotype 1 b, connu pour avoir une évolution péjorative avec une résistance accrue au traitement. Le brin négatif de l’ARN était détecté chez 48 des 57 patients positifs, traduisant une réplication active. Paradoxalement, l’Ag de capside n’a pu être retrouvé chez aucun des porteurs occultes. La possibilité que ce brin soit une forme défective incapable de réplication complète et de libération dans le sang est donc plausible. Néanmoins, cela ne remet en cause le potentiel morbide de ce portage. En effet, du point de vue histologique, ces patients montraient une proportion importante de lésions, le plus souvent à des stades débutants (F1 ou A1 pour l’activité nécrotico-inflammatoire).
Certains étaient malheureusement plus gravement atteints avec 4 patients F2 ou F3 et 3 F4 (cirrhose).
Ces résultats demandent confirmation mais la rigueur méthodologique avec laquelle l’étude a été menée laisse peu de place au doute. Il faut donc relativiser la valeur prédictive négative des résultats des examens biologiques habituellement utilisés pour le dépistage de l’hépatite C. L’autre question en suspens concerne la contagiosité éventuelle de ces porteurs occultes, en particulier en transfusion sanguine, dans la mesure ou l’ARN du VHC a été retrouvé dans les lymphocytes de 40 des 57 patients positifs.


J. Infect Dis – 2004 ; 189