Avec 10 000 cas par an, la légionellose constitue aujourd'hui en France un problème de santé publique de plus en plus préoccupant. La gravité des épidémies ou des cas sporadiques observés est cependant très variable sans que l'on en connaisse la raison exacte. C'est pour cela que plusieurs équipes françaises ont uni leurs efforts pour analyser et comparer le génome de 2 souches célèbres : la souche Paris responsable d'une épidémie nosocomiale survenue à l'hôpital Georges Pompidou en 2000 et la souche Lens retrouvée lors de l'épidémie du nord de la France durant l'hiver 2003 – 2004. Alors que les chercheurs s'attendaient à trouver des points communs entre ces deux souches de Legionelle pneumophila de type I remarquables pour leur virulence, ils ont eu la surprise de constater qu'elles différaient profondément. En effet, bien qu'appartenant au même sérogroupe responsables de 84% des cas de légionelloses, les génomes des 2 souches présentaient un taux de discordance de 13% avec des différences portant sur plusieurs centaines de gènes. Ils ont également identifiés un grand nombre de gènes pouvant coder des protéines favorisant l'adaptation de la bactérie à son hôte : protéines mimant celles de l'hôte (qu'il s'agisse de l'homme ou d'une amibe), protéines modifiant les signaux à l'intérieur des cellules hôtes etc… Ce qui ressort de cette étude c'est l'importance de l'évolution de Legionella pneumophila au cours du temps. C'est peut-être cette plasticité qui lui permet de s'adapter à des hôtes très différents et d'entraîner des épidémies graves avec un possible mécanisme d'échappement aux antibiotiques classiques. A terme, une meilleure connaissance de ces mécanismes devrait ouvrir la voie à un meilleur diagnostic ainsi qu'à la conception de nouveaux antibiotiques ainsi que des biocides destinés à la décontamination des eaux.
Nature Genetics – 2004, 305.