Le récepteur de la transferrine (RTF) participe à l’homéostasie du métabolisme du fer contribuant à maintenir un stock constant et une bonne disponibilité au niveau des différents organes. Le dosage de sa forme soluble a maintenant trouvé une place privilégiée aux côtés de la sidérémie, de la transferrine (et de sa saturation) et de la ferritine.
Son rôle en physiologie est de permettre l’internalisation par endocytose du fer lié à la transferrine grâce à la formation d’un complexe récepteur-transferrine. Le fer pourra ainsi être libéré dans le cytosol, le complexe apotransferrine-récepteur revenant alors à la surface de la cellule. La régulation de la synthèse de ce récepteur est post-transcriptionnelle et elle se fait dans le sens opposé à celle de la ferritine. Lorsque la concentration cellulaire en fer augmente, la synthèse du récepteur diminue, ce qui limite la pénétration du fer alors que la synthèse de ferritine est activée afin de permettre son stockage. Ces régulations s’inversent lorsque la concentration cellulaire en fer diminue.
Du point de vue structurel, le Rs-TF est un monomère portant une molécule de transferrine. Sa concentration est également un bon reflet de l’activité érythroblastique médullaire.
Son dosage est effectué à l’aide de techniques ELISA. Les valeurs normales varient en fonction de l’âge (plus élevées chez le nouveau-né, plus basses chez le sujet agé) mais pas du sexe. L’un des principaux avantages de cet analyte est la stabilité de son taux, ce qui le distingue des autres éléments du bilan martial.
Les principales applications de ce dosage sont :
? Carence en fer : son augmentation signe une carence tissulaire en fer fonctionnel. Chronologiquement, lors d’une spoliation sanguine, elle apparaît après la chute de la ferritine mais avant les modifications du VGM. Chez les sujets ayant des réserves faibles (enfants, sportifs de haut niveau), le dosage du Rs-TF est le meilleur indicateur de carence martiale.
? Anémie des maladies chroniques d’origine infectieuse, tumorale ou inflammatoire : c’est l’indication principale de ce dosage car le taux de Rs-TF n’est pas modifié par l’inflammation, contrairement à la ferritinémie (protéine pro-inflammatoire). Dans ces situations, une ferritinémie normale ou même élevée peut cacher une carence martiale qui sera démasquée par une augmentation du Rs-TF. Dans ce contexte, il peut également permettre d’éviter la prescription d’examens inutiles et invasifs (myélogramme).
? Exploration de l’érythropoïèse : après s’être assuré de l’absence de carence martiale, le dosage de Rs-TF associé à la numération des réticulocytes permet d’apprécier le caractère efficace (augmentation du taux) ou non (diminution) de l’erythropoïèse.
? Insuffisance rénale chronique : sélection des bons et mauvais répondeurs afin de mieux ajuster le traitement à l’EPO.
? Grossesse : elle ne modifie ce paramètre (contrairement aux autres éléments du bilan martial) qui est l’indicateur le plus fiable de carence martiale dans ce contexte.
? Lutte anti-dopage : une forte élévation des Rs-TF est en faveur de la prise d’EPO.


Feuillets de Biologie – 07/2003