Chez des patients infectés par un HIV devenu multirésistant se pose la question de l'intérêt d'une interruption temporaire du traitement. Le but poursuivi est la réapparition du virus sensible, de type sauvage. Il a en effet été prouvé que cette réémergence se produisait dans un délai de 2 à 15 semaines après arrêt du traitement antirétroviral. La conséquence positive serait d'améliorer la réponse à un traitement antirétroviral devenu plus efficient, dit de sauvetage. Le risque encouru est celui d'une immunosuppression accrue avec un virus sauvage plus virulent. Une étude portant sur 480 patients a été débutée afin d'évaluer les bénéfices et inconvénients de ces 2 options. La population de sujets recrutés devait présenter un HIV multirésistant sur test génotypique et une charge virale > 5000 copies / ml. La moitié des sujets arrêtait le traitement durant 4 mois avant de débuter le traitement de sauvetage, alors que l'autre moitié débutait immédiatement le dit traitement. L'étude a en fait due être stoppée prématurément (recrutement de 270 patients seulement) du fait de la médiocrité des résultats enregistrés dans le groupe d'interruption thérapeutique. On retrouvait en effet 22 cas de progression clinique de la maladie contre seulement 8 dans le groupe de patients traités (le nombre de décès était toutefois identique dans les 2 groupes). D'un point de vue biologique, l'interruption du traitement a bien eu pour conséquence le rétablissement partiel ou complet d'une population de virus sauvage. Malheureusement cela s'est fait au détriment du système immunitaire avec une chute des CD4, qui même s'ils sont remontés après reprise du traitement sont restés nettement plus bas que chez les sujets n'ayant pas stoppé leur traitement. Le traitement optimisé a eu des effets comparables (mais décevants) dans les 2 populations. Enfin, la qualité de vie globale n'a pas été améliorée par l'arrêt du traitement. En conclusion, ces résultats diffèrent de ceux obtenus lors d'études précédentes mais de moindre envergure et indiquent que l'infection à VIH multirésistant doit conduire à un thérapeutique optimisée définie d'après des tests de résistance génotypique sans interruption préalable du traitement.

NEJM - 08/2003