Serratia marcescens est une bactérie " pathogène opportuniste ", responsables de nombreuses infections nosocomiales transmises lors de divers gestes infirmiers : poses de sondes, de cathéters, liquides contaminés utilisés pour des soins locaux ou en injection…
Elle se caractérise par la fréquence des résistances à de nombreux antiseptiques et antibiotiques (bactérie multi-résistante = BMR).
Une équipe d'infectiologues de l'université de Virginie a rapporté à son sujet les résultats d'une enquête édifiante au sujet d'une épidémie de bactériémies à S. marcescens survenue dans un service de chirurgie. 26 cas en 9 mois avaient été diagnostiqués dans la même unité de soins. Une enquête épidémiologique serrée a mis en évidence plusieurs particularités communes à ces patients : admission pour traumatismes, longs séjours, bronchoscopies fréquentes et administration de Fentanyl à visée anesthésique. C'est cette dernière caractéristique qui a retenu l'attention des enquêteurs, d'autant plus que pour 17 des 26 patients, des hémocultures positives avaient été retrouvées dans les 24 heures suivant la perfusion de Fentanyl. Ce produit étant un morphinique parfois utilisé par les toxicomanes, une enquête toxicologique a été menée auprès du personnel de cette unité de soins (analyse de cheveux). Elle a permis de confondre un kinésithérapeute qui puisait dans la pharmacie du Fentanyl pour son usage personnel. Des souches de S. marcescens ont pu être retrouvées dans des perfusions qu'il avait contaminé en se servant. Ces souches étaient identiques à celles retrouvées dans les hémocultures des 2 patients à qui elles avaient été administrées. La dernière bactériémie fut diagnostiquée 3 jours après son départ. Cette publication illustre parfaitement le caractère policier que doit parfois prendre une enquête épidémiologique dans le cadre d'une épidémie nosocomiale et le risque que peut représenter pour les patients la présence de toxicomanes dans le personnel de soins.


NEJM - 05/02