A l’instar des cellules somatiques, les spermatozoïdes contiennent des ARN messagers (ou transcrits). Ils sont issus de la transcription de gènes effectués durant la spermatogenèse. Il est donc possible qu’ils recèlent des informations relatives à son déroulement et à d’éventuelles anomalies de celui-ci pouvant expliquer l’infertilité masculine. Celle-ci est en effet idiopathique dans 2/3 des cas et des chercheurs britanniques ont suggéré que l’étude de ces transcrits pouvait permettre d’identifier des causes génétiques. Leur hypothèse est que les anomalies ne concernent pas les gènes en eux-mêmes mais plutôt leur régulation (et donc leur transcription durant la spermatogénèse). Du point de vue technique, l’utilisation de puces à ADN sur lesquels peuvent être fixées un très grand nombres de séquences d’ADNc s’hybridant avec les ADNc contenus dans les échantillons (reflet des ARNm après reverse transcription) a rendu cette étude réalisable. Pour la pertinence de l’étude, les échantillons d’ARNm provenaient de 19 ponctions testiculaires (lieu de la spermatogénèse), de 9 éjaculats poolés (représentant le résultat « universel » final de la spermatogènèse) et d’un éjaculat isolé (résultat « individuel » de la spermatogénèse).
27016 marqueurs génétiques étaient présents sur les micropuces. 7157 ont été retrouvés sur les ponctions testiculaires, 3281 dans les éjaculats poolés et 2780 dans l’éjaculat isolé. Tous les marqueurs présents dans les spermatozoïdes étaient retrouvés dans les testicules, et pratiquement tous les marqueurs retrouvés dans l’éjaculat isolé étaient retrouvés dans les éjaculats poolés. Au niveau génétique, la variabilité interindividuelle pourrait donc être liée à l’expression d’environ 500 marqueurs (3281 – 2780). Les chercheurs envisagent donc de se consacrer à l’étude de ce nombre relativement réduit d’ARNm afin de dégager des profils d’expression relatifs au potentiel fécondant des individus.
Par ailleurs, ils ont commencé à étudier les protéines traduites par les ARNm . Ils ont bien entendu mis en évidence un certain nombre de protéines impliquées dans la spermatogenèse mais également des protéines connues pour leur rôle dans le développement embryonnaire précoce. Or jusqu’à présent, il était admis que ce rôle relevait uniquement des gamètes maternels. L’absence de ces ARMm traduits en protéines « de maturation zygotique » dans l’oocyte revalorise donc le rôle du spermatozoïde, qui n’était considéré jusqu’à présent que comme un simple vecteur pour le génome haploïde masculin.
Lancet – 07/2002
