Le sang normal contient de petites quantités d’ADN libre (0.1 – 10 ng / ml). Il représente vraisemblablement un résidu de la dégradation cellulaire au cours des phénomènes de renouvellement normaux ou pathologiques. Cet ADN est extractible et analysable, tant du point de vue de sa structure primaire que d’éventuelles modifications épigénétiques (méthylation). La quantité d’ADN circulant peut être considérablement augmentée dans certaines circonstances, en particulier dans les pathologies inflammatoires et les cancers.
Au cours des dernières années, de nombreuses études ont démontré de bonnes concordances entre la présence de mutations ou d’altérations épigénétiques de patients cancéreux et leur pathologie. L’analyse de cet ADN circulant pourrait donc être un substitut commode à l’histologie, en particulier lorsque la biopsie n’est pas indiquée ou difficilement réalisable.
Mais cette méthodologie put également être envisagée dans le diagnostic précoce des tumeurs. Une récente étude épidémiologique française portant sur plus d’un millier de sujets a recherché des mutations ponctuelles sur des gènes TP53 (suppresseur de tumeurs) et KRAS (oncogène).
Des mutations ont été retrouvées chez 3% des patients, avec une valeur prédictive significative pour certains cancers, en particulier le cancer de la vessie (RR : 4.25). Dans le cas de l’hépatocarcinome, l’analyse a même rejoint la physiopathologie de l’affection. En effet, dans de nombreuses régions du monde, la survenue de ce cancer est liée à la toxicité d’une mycotoxine, l’aflatoxine, responsable d’une mutation spécifique de P53 (pR249S). Cette mutation a pu être retrouvée plusieurs années avant la survenue de l’hépatocarcinome dans des populations particulièrement exposées à l’aflatoxine. De plus, des variations saisonnières dans la fréquence de cette mutation ont été observées de façon synchrone à l’exposition saisonnière à cette toxine. La détection précoce de l’effet délétère de ce facteur de risque sur le génome de sujets exposés à d’autres facteurs de risque (VHB) permettrait de mettre en place des mesures de prévention (vaccination) ou de surveillance dans le cadre du dépistage précoce de l’hépatocarcinome.
Journées Biologiques de Lariboisière (Abstract) – JIB 2009
