La prévention des infections nosocomiales passe par l’application des mesures d’hygiène par l’ensemble des intervenants des établissements de soins. Le lavage des mains, l’usage de solutions hydro-alcooliques ou le port de masque dans certaines conditions sont au premier rang de ces mesures d’hygiène. Il est néanmoins illusoire de penser qu’elles sont parfaitement et systématiquement appliquées. Une étude récente réalisée par une équipe française démontre que le risque de transmission ou le bénéfice de ces mesures varie dans des proportions considérables selon les soignants.Les enquêtes épidémiologiques ont permis de montrer que certaines épidémies nosocomiales étaient dues à un seul soignant contaminant un grand nombre de patients (exemple d’un kinésithérapeute souffrant d’une sinusite à staphylocoque doré entraînant une épidémie de 32 cas d’infections à SARM). Ces individus ont été surnommés superspreader (ou supertransmetteurs) et il était difficile de déterminer si leur pouvoir infectant tenait plus au germe concerné qu’à la fonction vectorielle de leur hôte. Les chercheurs ont répondu à cette question en s’appuyant sur un outil informatique de circulation des individus et des agents contaminants. Cette équipe multidisciplinaire (épidémiologistes, biomathématicien, réanimateur) a ainsi distingué 3 catégories de soignants. La première regroupe celle qui a des contacts fréquents et répétés mais avec un nombre limité de patients. La troisième celle qui a un unique contact quotidien mais avec tous ou un très grand nombre de patients. La deuxième catégorie est intermédiaire. L’analyse a montré que les supertransmetteurs faisaient partie du troisième groupe et que le nombre moyen des patients colonisés sur une période d’un mois augmentait parallèlement à la non-compliance au lavage des mains, alors que cette augmentation est r réduite en cas de non-compliance de soignants des 2 premiers groupes. La modélisation mathématique montre que le non-respect des règles d’hygiène par les soignants du 3ème groupe (4,5% de l’ensemble) a un impact comparable en terme d’épidémie à celui qu’aurait la compliance de tous les soignants en contact avec 23% des patients.Cette étude suggère donc que pour évaluer le risque d’épidémies nosocomiales, la compliance moyenne d’un service ou d’un établissement de soins à l’hygiène n’est pas un bon indicateur. Il est donc nécessaire de rechercher et de se focaliser sur ces supertransmetteurs sans pour autant déresponsabiliser l’ensemble du personnel soignant.PNAS on line : 20/10/2009