A l’heure des discussions et polémiques concernant la vaccination anti-grippale A H1N1, la vaccination anti-pneumococcique est un bon exemple des bénéfices apportés en termes de prévention. Elle illustre également la capacité adaptative des agents infectieux ciblés et la nécessaire réactivité dont il faut faire preuve pour garder une longueur d’avance.
Le pneumocoque est une bactérie Gram positive fréquemment retrouvée en pédiatrie dans les infections ORL (otites moyennes aiguës) et respiratoires. Mais c’est leur responsabilité dans les méningites du nourrisson et du jeune enfant qui sont mortelles dans 11% des cas et laissent des séquelles dans 30% des cas (première cause de surdité acquise de l’enfant).
La vaccination avec le vaccin heptavalent conjugué antipneumococcique (Prevenar) a complètement modifié la donne : l’incidence des méningites à pneumocoques a ainsi diminué de 70 à 90% dans les pays bénéficiant d’une bonne couverture vaccinale (réalisée à partir de 2 mois chez le nourrisson). Les pneumonies et otites moyennes aiguës ont également diminué dans des proportions considérables (60 et 40%). Les effets bénéfiques de la vaccination ne se limitent pas aux seuls patients vaccinés puisque les infections pneumococciques diminuent également chez les sujets de plus de 65 ans et chez les nourrissons non vaccinés .Cette diminution de la morbidité s’accompagne de changements tout aussi radicaux dans l’épidémiologie bactérienne : Diminution du portage naso-pharyngé des 7 sérotypes inclus dans le vaccin, mais aussi apparition de nouveaux sérotypes. La double pression de sélection de la vaccination et de l’antibiothérapie a entraîné une émergence de souches non vaccinales présentant une sensibilité diminuée à la pénicilline. Cette analyse est confirmée par l’Observatoire de méningites de l’enfant, qui a constaté entre 2001 et 2007 une diminution de 64 à 23% des souches vaccinales et en parallèle l’augmentation de prévalence de certains sérotypes non vaccinaux tels que le 19A, fréquemment résistant aux ATB traditionnels.
La parade repose sur l’inclusion des nouveaux sérotypes émergents (dont le 19A) dans le vaccin anti-pneumococcique. Le nouveau vaccin enrichi de 6 sérotypes (PV 13) apportera un gain complémentaire de protection estimé à + 48% dans les méningites, + 47% dans les bactériémies, + 36% dans les otites moyennes aiguës et jusqu’à + 66% dans les pleuro-pneumopathies. Cette efficacité concerne les primo-vaccinations mais également les rappels de primo-vaccination effectuée avec le vaccin heptavalent, avec un renforcement de l’immunité initiale et son élargissement. Ce nouveau vaccin devrait être disponible en 2010 et permettre de reprendre provisoirement l’avantage sur le pneumocoque, en attendant que sa capacité adaptative demande une nouvelle évolution.
Quotidien du Médecin ; Octobre 2009
