L’actuelle pandémie grippale due à un virus H1N1 provenant probablement de recombinaisons entre un virus humain et un virus aviaire a relancé l’intérêt pour l’étude structurale des virus influenzae touchant différentes espèces. Des chercheurs britanniques se sont ainsi intéressés aux hémagglutinines, qui sont les protéines de liaison des virus de la grippe aux cellules de leurs hôtes. Leur intention était de mettre en évidence des différences ou au contraire des ressemblances structurales et fonctionnelles permettant de prédire le risque de franchissement de la barrière d’espèce pour les virus animaux. Les oiseaux et les humains ont en effet des récepteurs différents pour les hémagglutinines. Pour observer et décrire les hémagglutinines de diverses souches virales, ils ont utilisé la cristallographie à rayons X. Ils ont étudié les 3 virus humains responsables des 3 grandes pandémies grippales du XXème siècle en Europe : le virus de la grippe espagnole de 1918 (Hémagglutinine H1), celui de la grippe asiatique de 1957 (H2) et de celle de Hong-Kong de 1968 (H3). Ces hémagglutinines ont des différences significatives mais sont néanmoins très semblables au niveau de leur site de liaison au récepteur.Les résultats des comparaisons aux hémagglutinines de virus aviaires sont hétérogènes. Si certaines sont très différentes et ne permettent pas en l’état de contamination humaine (en l’absence de recombinaison à un virus humain), d’autres présentent des similitudes suffisamment importantes pour se lier expérimentalement aux récepteurs humains. C’est en particulier vrai pour certains virus aviaires dont l’hémagglutinine a une structure H2-like qui pourrait faire penser qu’ils sont les précurseurs de virus humains H2.En cas de contamination humaine, le risque de mutation rapide serait majeur, favorisant l’affinité de ces souches pour les récepteurs humains ou leur résistance aux mécanismes de défense immunitaire. L’étude des hémagglutinines des virus grippaux aviaires peut donc être utile afin de prédire le risque de franchissement de la barrière d’espèce, d’acquisition de facteurs de virulence et par conséquent de pandémie humaine grave.PNAS 28/09/2009