La relation entre des infections, les phénomènes inflammatoires qu’elles entraînent et la carcinogenèse a déjà été démontrée. Le cancer de l’estomac survient sur des lésions ulcéreuses consécutives à l’infection par Helicobacter pylorii. Une équipe de chercheurs américains a émis l’hypothèse qu’un mécanisme comparable pouvait être retrouvé dans le CCR. Le germe candidat envisagé est Bacteroides fragilis. Il s’agit d’une bactérie commensale, mais potentiellement entérotoxinogène. Elle peut être responsable dans certains cas d’un syndrome diarrhéique chez l’homme ou rester totalement asymptomatique. Mais des études sur la souris ont montré qu’elle pouvait induire une inflammation chronique chez les sujets infectés. Afin d’établir un lien de causalité entre inflammation et tumorogénèse, les chercheurs ont travaillé sur une lignée présentant une mutation du gène APC à risque de CCR. Si la diarrhée guérissait en moins d’une semaine, les souris présentaient un mois plus tard une inflammation persistante et de petites tumeurs apparaissaient simultanément. Les souris infectées par la forme non entérotoxinogène ne présentaient ni diarrhée, ni inflammation, ni tumeur.L’analyse fine de la réponse à l’infection mettait en évidence une réponse immunitaire locale avec des taux élevés de facteur de transcription Stat-3, dont le rôle pro-inflammatoire est connu, ainsi qu’une stimulation préférentielle de lymphocytes Th 17 secrétant l’IL 17. Ces 2 évènements sont liés et leur rôle dans l’initiation de la carcinogénèse semble démontré car l’administration de substances bloquant l’IL 17 inhibe la réaction inflammatoire et prévient ainsi la formation de tumeurs.Les auteurs suggèrent donc que l’infection à Bacteroides fragilis pourrait être responsable d’une inflammation à bas bruit mais persistante. Les altérations génétiques consécutives ou concomitantes favoriseraient alors une croissance cellulaire non contrôlée du fait de la sécrétion de facteurs de transcription et le développement de tumeurs coliques. Ces mécanismes demandent bien sûr à être confirmés et transposés chez l’homme avant d’affirmer l’existence de ce processus dans le CCR.Nature Medicine ; 23/08/09