Les hyperkaliémies sont des désordres hydro-électrolytiques potentiellement graves, imposant un diagnostic rapide par le laboratoire et une transmission urgente aux cliniciens surtout si elle est sévère (> 7 mmol/l, des anomalies à l’ECG pouvant apparaître dès 6 mmol /l). Compte tenu des implications thérapeutiques que ce résultat induit, il est crucial que le laboratoire distingue une hyperkaliémie vraie in vivo d’une hyperkaliémie factice, seulement observée in vitro. Si l’hémolyse du sérum ou du plasma induite par des conditions de prélèvement difficiles ou une gestion pré-analytique inadaptée, d’autres circonstances peuvent également être en cause, comme le rapporte un cas clinico-biologique observé au CHU de Clermont-Ferrand.

Une patiente de 82 ans est hospitalisée pour dyspnée et douleurs lombaires. Suivie depuis 20 ans pour une LLC, son hémogramme montre une hyperleucocytose majeure de 544 G/l. Une hyperkaliémie à 7,4 mmol/l (contrôlée). Le plasma n’est pas hémolysé mais on retrouve des LDH = 2 000 UI/l. Par ailleurs aucune anomalie ECG ni aucun signe clinique n’est observé chez cette patiente. La kaliémie réalisée sur un prélèvement artériel effectué pour gazométrie sanguine retrouve une valeur normale à 4,5 mmol :l. Cet écart, confirmé à plusieurs reprises malgré la fiabilité analytique des dosages, est due à une pseudo-hyperkaliémie de l’échantillon veineux. En effet la conjugaison de l’hyperleucocytose majeure, de  la fragilité des lymphocytes que reflète le très grand nombre de noyaux nus sur le frottis et de la centrifugation que subit seul le prélèvement veineux avant analyse, conduit à une lyse lymphocytaire importante et à un relargage de potassium (principal ion cytosolique). Cette hyperkaliémie factice aura d’ailleurs tendance à diminuer en parallèle avec la lymphocytose de la patiente. Cette interférence est possible mais non systématique car non retrouvée chez des patients présentant une hyperleucocytose majeure. Elle doit toutefois être évoquée de principe par le biologiste et/ou le clinicien, comme d’autres également peu connues (transport traumatisant par pneumatiques, pseudo-hyperkaliémie familiale avec fuite membranaire de potassium surtout pour des T < 20° C , stomatocytose hérédtaire), afin d’éviter des mesures thérapeutiques inadaptées.

Spectra Biologie 2009 – Mars 2009