Alors que le mois dernier nous rapportions un cas de guérison temporaire d’infection HIV grâce à une greffe de moelle « ciblée », une étude américaine vient de rendre des résultats très décevants dans la perspective d’une vaccination efficace. Depuis plus de 20 ans les chercheurs se heurtent au problème de la très grande variabilité du virus HIV, rendant les solutions classiques (virus vivant atténué ou inactivé, mélange de sous-unités protéiques) inefficaces ou dangereuses.

Un espoir était né des premiers résultats obtenus sur l’animal avec un vaccin visant à stimuler l’immunité à médiation cellulaire, principale victime du virus, et non l’immunité à médiation humorale. Ce vaccin est constitué d’un adénovirus recombinant de type Ad5 exprimant des gènes d’intérêt du VIH (gag, pol, nef). Les essais menés chez le singe et des études de phase 1 chez l’homme avaient mis en évidence une réaction immunitaire significative, dont on pensait qu’elle pouvait être protectrice chez les patients non infectés et avoir des effets positifs sur l’évolution des patients déjà infectés.

Un essai randomisé a été débuté afin de comparer, dans une population séronégative à haut risque de contamination (homosexuels, toxicomanes, prostituées, sujets présentant des ulcérations génitales) de 2677 individus le taux de séroconversion des sujets ayant reçus les 3 doses de vaccin versus ceux ayant reçus un placebo. Une recherche d’Ac anti-Ad5, susceptibles de diminuer l’efficacité vaccinale était également effectuée avant la vaccination.

Le candidat vaccin a été bien toléré et s’est révélé immunogène chez 75% des sujets (production d’interféron gamma) renforçant la confiance des chercheurs dans leur projet.

Malheureusement leur optimisme n’a pas résisté à l’épreuve des faits. La première analyse intermédiaire a montré que le taux de séroconversion était légèrement supérieur dans le groupe vacciné (25 contre 21 dans le bras placebo). Par ailleurs chez les sujets infectés, il n’y avait pas de différence significative en termes de charge virale.

De façon encore plus préoccupante, une tendance à la facilitation de l’infection virale par le vaccin est suggérée quand tous les sujets sont analysés (quel que soit leur taux d’Ac anti-Ad5 pré vaccinal) avec 4.6% de séroconversion dans le groupe des vaccinés contre 3.1% dans le groupe placebo. Dans le groupe vacciné, le risque de séroconversion est significativement plus élevé en cas d’Ac anti-Ad5 et chez les hommes non circoncis. Le risque redevient comparable entre les 2 groupes chez les sujets Ad5 négatifs et circoncis.

Ces données donnent un sérieux coup d’arrêt à la recherche vaccinale en remettant en cause 3 des facteurs qui avaient donné de l’espoir aux chercheurs : l’obtention d’une immunité à médiation cellulaire, le vecteur adénovirus et le modèle expérimental simien.

Lancet 2008 – 372 (9653) : 1881-93