La protéine CCR5 est l’un des 2 principaux corécepteurs du VIH (l’autre étant la protéine CXCR4). Elle est exprimée sur les principales cibles du VIH, les macrophages et les lymphocytes CD4. En son absence les isolats viraux de type R5-tropic ne peuvent entrer dans leurs cellules cibles. La délétion delta 32 du gène CCR5 est une anomalie dont on s’est aperçu qu’elle avait un effet protecteur puisque les sujets homozygotes (1 à 3% de la population occidentale) sont totalement protégés vis-à-vis des VIH de type R5 et les hétérozygotes résistent mieux à l’infection HIV (« long carriers »). Partant de ces notions une équipe allemande a proposé à l’un de ses patients séropositifs un protocole thérapeutique innovant. Ce sujet hétérozygote CCR5, infecté depuis plus de 10 ans présentait une infection bien contrôlé par les antirétroviraux avec une charge virale indétectable et un taux de CD4 = 415/mm3 quand il a développé une leucémie aigüe myéloblastique. La chimiothérapie classique a permis d’obtenir une rémission amis une rechute a fait poser l’indication d’une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques.Il a alors été décidé de sélectionner parmi les donneurs compatibles un sujet homozygote pour la délétion delta 32 CCR5. Après conditionnement usuel, le patient a reçu les cellules CD34+ provenant de ce donneur, greffe initialement efficace et renouvelée à 1 an du fait d’une rechute. 20 mois après, le patient est en rémission complète pour sa leucémie.Mais le résultat majeur et innovant de ce traitement concerne l’infection HIV. Le sujet est en effet devenu homozygote pour la délétion delta 32 CCR5 suite à la prise du greffon. Malgré l’arrêt des antirétroviraux avant la première greffe, la charge virale est restée indétectable (alors que leur arrêt provisoire lors de la chimiothérapie initiale avait été suivie par un rebond immédiat de la charge virale). Des tests plus poussés au niveau des cellules sanctuaires du HIV ont montré l’absence d’ARN viral dans une biopsie colique et l’absence de lymphocytes T immunoréactifs vis-à-vis du virus (elles étaient nombreuses avant la greffe). On ne peut pour autant parler de guérison définitive, puisque contrairement aux lymphocytes CD4, certains macrophages tissulaires demeuraient porteurs de CCR5 « normal » et surtout le sujet reste sensible aux isolats CXCR4. Une réévaluation à distance est donc indispensable mais ces premiers résultats sont remarquables et très prometteurs, en particulier dans la perspective de l’utilisation des nouveaux antirétroviraux antagonistes du CCR5 (maraviroc).NEJM 2009 ;360 :725-5