La néphropathie diabétique est la principale cause d´insuffisance rénale dans les pays occidentaux. Les anomalies glomérulaires sont observées très précocement : elles sont marquées par une augmentation de la filtration glomérulaire et de l´albuminurie. Ces anomalies sont liées à une lésion des capillaires glomérulaires dont les composants cellulaires sont les cellules endothéliales et les podocytes qui, ensemble avec la membrane basale, constituent la barrière glomérulaire obligatoire qui assure la filtration.
Au cours de la néphropathie diabétique, une altération des podocytes mais aussi une dysfonction endothéliale sont observées, expliquant les anomalies de la filtration glomérulaire.
L´activation de la protéine C, dépendante de la thrombomoduline, agit sur les cellules endothéliales en inhibant la coagulation, l´inflammation et l´apoptose. Or cette fonction du système protéine C-thrombomoduline est altérée chez les diabétiques et pourrait donc jouer un rôle important dans la dysfonction capillaire glomérulaire observée au cours de la néphropathie diabétique.
Afin d´avancer dans la physiopathologie de la néphropathie et du rôle de la protéine C activée, un groupe allemand et américain a généré une souris chez qui la formation de protéine C activée était modifiée in vivo, soit via une réduction de l´activation de la protéine C dépendant de la thrombomoduline, soit via l´utilisation d´un nouveau modèle exprimant une mutation de la protéine C conduisant à son hyperactivité.
Ils montrent que, dans ces modèles de souris, la formation de protéine C activée protège le glomérule et empêche la néphropathie diabétique en inhibant l´apoptose glomérulaire. En effet, la protéine C activée empêche l´apoptose induite par le glucose au niveau des cellules endothéliales et des podocytes. La protéine C activée module en effet l´apoptose mitochondriale via le récepteur activé par la protéase PAR1 et le récepteur endothélial de la protéine C, EPCR, dans les cellules soumises à un stress glucosé.
Toutes ces données permettent donc de définir un nouveau schéma physiopathologique de la néphropathie diabétique au cours duquel l´hyperglycémie altère la formation thrombomoduline-dépendante, par la cellule endothéliale, de la protéine C activée et dont la perte interrompt le dialogue entre le compartiment vasculaire et les podocytes, conduisant alors à une apoptose glomérulaire et à une néphropathie diabétique.
A l´inverse, en maintenant des niveaux élevés de protéine C activée, une protection vis-à-vis de la néphropathie diabétique est observée sur le long terme.
En dehors de cet intérêt cognitif, cette étude ouvre, bien évidemment, des perspectives en termes thérapeutiques : tout médicament agissant sur la protéine C activée pourrait donc potentiellement prévenir la néphropathie diabétique.
Isermann B et al. Activated protein C protects against diabetic nephropathy by inhibiting endothelial and podocyte apoptosis. Nature Med 2007 ; 13 : 1349-1358.
