Même si l'éventualité d'une pandémie humaine due au virus de la grippe aviaire n'est plus sous les feux de l'actualité, elle n'en reste pas moins un problème de santé publique très inquiétant. Les 277 cas humains recensés par l'OMS dans 10 pays différents depuis 2003 (avec un taux de mortalité de 60%) faisaient état d'une symptomatologie essentiellement respiratoire, ce qui suggérait que l'infection était restreinte à la sphère broncho-pulmonaire. Toutefois, des présentations cliniques sensiblement différentes ont conduit des équipes chinoises à rechercher le génome viral dans d'autres organes. Des analyses de biologie moléculaires et d'immunohistochimie ont ainsi montré la présence de l'ARN viral au niveau de nombreux tissus de patients décédés de la grippe aviaire : les cellules épithéliales pulmonaires et trachéales bie sûr, mais aussi dans divers territoires ganglionnaires, dans l'intestin, le système nerveux central et aussi le placenta et le foetus d'une femme enceinte. La multilocularité du tropisme viral ainsi que sa possible transmission foeto-maternelle constitue un risque supplémentaire, tant du point de vue de la gravité de l'infection que de sa contagiosité et des capacités de résistance virale.

Lancet 2007; 370 : 1137-45