La détection des cancers de l’ovaire est rendue difficile par l’absence de marqueurs biologiques appropriés et la pauvreté des symptomes jusqu’à un stade avancé de la maladie. Le caractère tardif du diagnostic explique en grande partie la faible efficacité thérapeutique et le mauvais pronostic de ces cancers. Si le CA 125 est un marqueur correct d’efficacité thérapeutique et de suivi pour les stades avancés, sa sensibilité et sa spécificité sont trop faibles pour l’utiliser dans le cadre du dépistage. L’inhibine est une protéine secrétée par l’ovaire. Il en existe 2 formes, A et B, avec une sous-unité commune alpha commune et une sous-unité béta spécifique. La sous-unité alpha est secrétée par les cellules de la thèque interne alors que la sous-unité béta est secrétée par les cellules de la granulosa. Après la ménopause, la déplétion folliculaire s’accompagne d’une chute des taux de ce marqueur de reserve ovarienne qui deviennent indétectables. Il a été mis en évidence une remontée de ces taux dans diverses formes de tumeurs ovariennes ; pour les tumeurs de la granulosa, c’est le taux d’inhibine béta qui s’élève, alors que dans les tumeurs épithéliales toutes les formes (ainsi que le précurseur ou des sous-unités isolées) peuvent être retrouvées. Il est donc intéressant d’utiliser une trousse détectant l’ensemble des formes moléculaires dans le serum, que l’on peut désigner inhibine totale.
Une étude a ainsi analysé les serums de 144 porteuses de cancers de l’ovaire stade II ou III (n=89), de tumeurs bénignes ovariennes (n=25), de cancers d’autre origine (sein, estomac, colon, n = 10 pour chaque) avec un groupe contrôle de 90 femmes saines. A chaque fois furent dosés le CA 125 et l’inhibine.
L’inhibine totale a été retrouvée significativement plus élevée chez les patientes atteintes de cancers de l’ovaire par rapport au groupe contrôle mais aussi par rapport aux femmes atteintes de tumeurs ovariennes bénignes ou de cancers d’autres organes. Les taux sont particulièrement élevés dans les cancers séreux ou mucineux. Dans les cas de cancers endométrioïdes les taux sont moindres mais supérieurs à ceux des autres groupes. Le dosage de l’inhibine totale permettait ainsi de détecter avec une spécificité de 95% 37 des 40 cancers mucineux et 16 des 17 cancers séreux. Quand ce dosage était couplé à celui du CA 125 tous les cancers étaient détectés.
L’utilisation comme marqueur du suivi thérapeutique s’est également avérée probante avec une diminution significative des taux après éxérèse chirurgicale. Pour les 4 femmes suivies sur une longue période, chaque récurrence de la maladie était associée à une réascension des chiffres de l’inhibine totale qui diminuait à nouveau en cas de thérapeutique efficace.
Ces résultats sont prometteurs et laissent entrevoir un espoir dans le diagnostic et le monitorage des cancers épithéliaux de l’ovaire après la ménopause. Ils devront être complétés par des études prospectives pour déterminer le gain obtenu pour le dépistage de tumeurs à des stades moins avancés ainsi que les modalités d’une stratégie de dépistage (seule ou en association avec le CA 125…)
J Clin Endocrinol Metab 92 : 2526-2531, 2007
