Les mécanismes de pression de sélection des antibiotiques, induisant l’apparition de résistances en cas d’usage intensif (ou abusif) constituent un enjeu de santé publique. La prise de conscience de ce problème a d’ailleurs conduit à la mise en place de bonnes pratiques afin de rationnaliser l’usage des ATB et les résultats obtenus sont encourageants avec dans certains cas augmentation de la prévalence de souches sensibles. Mais c’est un autre type de risque qui a été récemment mis en évidence. Chez des habitants de certains villages reculés de la forêt amazonienne, des scientifiques canadiens ont eu la surprise d’observer de nombreux cas de résistance « primaire » aux quinolones (ces populations n’ayant jusqu’alors jamais été traitées avec cette classe d’antiibiotiques). 5% des souches d’E. coli recueillies sur place et testées en laboratoire se sont révélées être résistantes aux quinolones alors que ce pourcentage n’excède pas 4% dans les hôpitaux américains où la pression de sélection est très forte du fait de leur utilisation massive.

Ce constat posait 2 problèmes. Tout d’abord un problème thérapeutique du fait de l’intérêt de ces ATB dans les traitements de nombreuses maladies tropicales (typhoïde, paratyphoïdes, shigelloses, entéropathies à E. coli) ou ubiquitaires (infections urinaires, bronchopulmonaires). Un problème physiopathologique dans la mesure où la cause de cette résistance acquise nécessitait d’être identifiée afin de limiter ces résistances et d’en comprendre le mécanisme.

Une étude de terrain a recherché quelles étaient les substances  administrées à ctte population et pouvant expliquer cette sélection croisée. Le seul candidat plausible s’est révélé être la chloroquine utilisé dans le traitement du paludisme. En effet, ces résistances bactériennes semblaient plus fréquentes à la suite de flambées de paludisme et de plus il existe une homologie structurale avec les quinolones.

Pour confirmer cette hypothèse, des microbiologistes ont mis en culture des souches d’E. coli en présence de chloroquine. Le résultat a été concluant puisqu très rapidement ont émergé des bactéries résistantes aux fluoroquinolones. L’étude des mécanismes de résistance a montré qu’il s’agissait des mêmes que ceux des souches de terrain, avec des mutations leur conférant une résistance à l’ensemble des quinolones.

Afin d’éviter la propagation et la multiplication de ces résistances chez les populations exposés au paludisme, 2 solutions sont envisageables : l’utilisation d’antipaludéens autres que la chloroquine ou la prévention non médicamenteuse des épidémies en insistant sur la lutte anti-vectorielle, en attendant une éventuelle solution vaccinale.

 

PLoS One – Juillet 2008