En raison de leurs propiétés anxiolytiques et hypnotiques, les benzodiazépines sont très fréquemment utilisées, en particulier dans notre pays qui détient le record mondial de la consommation par habitant. En corollaire, leur mésusage est très fréquent (surdosage volontaire ou non, drogue de soumission) et la recherche de « benzos » est une prescription classique dans le domaine de la toxicologie et de de la médecine légale. Une étude de 1999 montrait que leur utilisation était très répandue dans les tentatives de suicide, en particulier chez les femmes qui recourent fréquemment au Clonazepam (rivotril), Bromazepam (Lexomil) ou Zolipidem (Stilnox). Leur utilisation dans un but délictueux de soumission chimique préalable à des abus sexuels est également fréquent (en association avec l’alcool le plus souvent).

En cas de suspicion clinique d’intoxication (troubles du comportement, somnolence puis coma, dépression respiratoire, amnésie antérograde), la prise en charge biologique est contituée d’un bilan standard et d’un bilan toxicologique. Il faut préciser qu’une plainte est nécessaire à une prise en charge médico-légale qui nécessitera la réalisation de prélèvements en double (sang, urines, cheveux, boisson incriminée…) et le recours à un laboratoire habilité.

Le choix des méthodes analytiques est déterminant. Dans un contexte d’urgence les techniques immuno-enzymatiques sont les plus adaptées car relativement répandues et automatisées. Malheureusement, elles présentent d’incontestables inconvénients : elles ne permettent qu’un dépistage de groupe, ont une sensibilité variable et ne détectent pas certaines molécules comme le zolpidem (Stilnox) ou le zopiclone (Imovane). Pour toutes ces raisons, seule une bonne connaissance du test utilisé et une attitude prudente permettront au biologiste de donner une interprétation satisfaisante des résultats obtenus.

Il doit donc tenir compte de la nature de la molécule spécifiquement reconnue par l’Ac de la trousse utilisée, de celle avec laquelle la calibration et les contrôles sont effectués et le cut off (CO) déterminé. Par exemple, en cas d’Ac anti-diazepam (Valium), calibré et controlé par rapport au lormétazépam (Noctamide), l’utilisation du CO prévu par le fournisseur permet la détection du nitrazépam (Mogadon) mais pas du clonazepam (Rivotril), non détecté à des concentrations toxiques. Cette faible sensibilité est surtout avérée pour les dosages plasmatiques, beaucoup moins en cas de dosages urinaires du fait de la concentration supérieure. Ceux-ci doivent donc être utilisés dès que possible (même si le recueil est naturellement plus difficile en cas de perte de conscience).

De plus certains kits nécessitent une hydrolyse préalable permettant la détection de métabolites pouvant être actifs ou inactifs.

Pour toutes ces raisons, il est recommandé d’être très réservé sur le rendu du résultat. Une réponse qualitative est conseillée, sous forme binaire : détection ou non détection (en précisant le seuil) et non pas présence ou absence.

En seconde ligne, des techniques plus lourdes et plus onéreuses telles que l’HPC-UV (ou couplée à un détecteur de masse) permettent une détection spécifique de chaque produit ainsi que sa quantification. Elles sont obligatoires dans le cadre d’une suspicion de soumission chimique. Elles sont également conseillées en cas d’intoxication volontaire grave (score de Glasgow > 12) sans renseignement sur la nature du toxique.

Enfin rappelons qu’en plus des mesures de réanimation habituelles et du lavage gastrique en cas d’ingestion récente, il existe un antidote efficace, le flumazenil (Anexate)

 

Option Bio – Juin 2008