La multiplication des infections à SARM est devenue depuis quelques années l’un des dossiers de santé publique les plus inquiétants en infectiologie. Le staphylocoque doré, germe banal colonisant la peau et certaines muqueuses d’environ un tiers de la population, est depuis toujours un agent infectieux responsable de suppurations. Si la résistance à la pénicilline acquise dès les années 50 a pu être rapidement surpassée par l’émergence de nouveaux antibiotiques, la méticillino-résistance observée actuellement pose des problèmes de différentes natures. C’est sur ces aspects divers qu’ont communiqués de nombreux intervenants lors du congrès annuel de l’ICAAC et de l’IDSA (Société Américaine des Maladies Infectieuses).

  1. Durcissement des SARM en milieu hospitalier : L’augmentation continue de la proportion des infections à SARM est connue depuis longtemps. Cependant une étude rétrospective menée dans les hôpitaiux de Philadelphie entre 2002 et 2007 chez 161 patients ayant présenté une septicémie à SARM montre qu’au sein même de cette population hétérogène, une évolution se produit. La mesure de la CMI des différentes souches isolées montre une élévation de la CMI moyenne de la Vancomycine. De 2002 à 2004, la proportion de souches ayant une CMI haute (2 ug/ml) était de 21% alors qu’elle s’élevait à 38% entre 2005 et 2007. Si la mortalité à 30 jours n’était pas significativement différente, la persistance de la bactériémie était beaucoup plus importante (20% contre 8%). Dans ces conditions et du fait de l’augmentation de la pression de sélection liée à l’antibiothérapie prolongée, le cercle vicieux risque d’aboutir à la multiplication des souches résistantes aux glycopeptides.
  2. Apparition de résistances à de nouveaux antibiotiques : l’une des parades aux infections à SARM est l’utilisation de nouveaux antibiotiques. C’est le cas du Linézolide, représentant d’une nouvelle classe (glycylcyclines) actifs sur les SARM. Or une épidémie de 12 cas de SARM résistant à cet ATB a été récemment observée (entre Avril et Juin 2008) dans une hôpital de Madrid. Cette épidémie a été endiguée grâce à des mesures prophylactiques énergiques et à la restriction d’utilisation du Linézolide.
  3. La dissémination des infections à SARM dans la population générale : Alors que les SARM ont longtemps été très majoritairement hospitaliers, en 2005 58,4% des infections à SARM documentées aux USA étaient d’origine communautaire, 26,6% étant à coup sûr contractées à l’hôpital. Le contrôle des résistances est d’autant plus difficile à obtenir que la population porteuse des souches fait des aller retour entre les différents établissements de soins et le milieu extra-hospitalier.
  4. La rapidité de sélection des souches résistantes : elle a pu être mise en évidence dans une population bien circonscrite puisque l’étude longitudinale concernée traitait des infections à SARM dans la population carcérale de San Francisco (2200 détenus entre 2000 et 2007). Sur 656 infections à S. aureus, 77% des souches étaient des SARM avec un triplement des cas entre 2000 et 2007, alors que les infections à SASM sont restées stables. Mais l’information la plus alarmante provient de la caractérisation de ces souches puisqu’après 2005, elles provenaient quasi-exclusivement du même clone (baptisé USA 3000) qui avait en 5 ans eclipsé tous les autres.

La perspective de la combinaison de ces caractéristiques augure de la difficulté qu’il y aura dans l’avenir à limiter la morbidité liée à ces microorganismes

Communications 48th annual ICAAC et 46th annnual IDSA. JAMA 2007. 298 / 1763-71