La question du réservoir animal du virus Ebola est longtemps resté en suspens, cette inconnue constituant une menace potentielle de résurgence d’épidémies au potentiel de morbi-mortalité effrayant (entre 30 et 80 % de décès). L’homme se contamine au contact de singes mais il a été prouvé que ces vecteurs ne constituent pas le véritable réservoir de la maladie. C’est donc dans leur environnement proche et chez les animaux partageant leur écosphère que se sont concentrées les recherches de l’équipe française de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement). Les chercheurs ont effectué un véritable travail de fourmi en collectant des milliers de petits vertébrés au contact de carcasses de singes infectés. Puis ils ont procédé à la recherche d’anticorps spécifiquement dirigés contre le virus ainsi que du génome viral dans la rate et le foie de ces animaux. Les résultats impliquent clairement et spécifiquement 3 espèces de chauve-souris frugivores rencontrées à la frontière du Gabon et de la République du Congo. Ces animaux cohabitent avec les singes en période sèche car ils se retrouvent sur les mêmes arbres et sont en compétition pour les mêmes fruits. A cette occasion des contacts directs ont lieu, notamment par le sang ou le liquide placentaire des chauves-souris parturiantes et permettent la contamination des singes à partir du réservoir de chauve-souris. La connaissance de tous les maillons de la chaîne épidémique (agent infectieux, réservoir, vecteur) peut permettre d’élaborer une stratégie globale de lutte conte cette affection.
Nature 12/2005
