les premières souches d’entérocoques résistantes aux glycopeptides (ERG) ont été identifiées en 1987. Si dans certains pays (aux USA notamment où elles atteignent le 3ème rang des infections à BMR en unités de soins intensifs), elles sont devenus endémiques, leur incidence était considérée comme faible en France : moins de 2% des souches isolées en milieu hospitalier, essentiellement sporadiques même si quelques cas groupés ont pu être signalés. Toutefois, l’INVS estime que la situation est en train d’évoluer. Les récentes données collectées, en particulier auprès des établissements de soins par l’intermédiaire des CLINs montre une augmentation significative de l’incidence depuis 2004, avec une accélération en 2005 (78 signalisations d’infection ou colonisation à ERG entre le 01/08 et le 18/10/2005). Elle s’accompagne en outre de la survenue d’épidémies hospitalières d’une ampleur inhabituelle, retrouvées dans des établissements hospitaliers différents et réparties sur l’ensemble du territoire. La dernière caractéristique de cette évolution est la difficulté que rencontrent les équipes soignantes à maîtriser ces épidémies qui sont dues à la diffusion de souches d’E. faecium. Bien que de clonalité différente, elles présentent des profils antibiotypiques similaires avec des résistances à la vancomycine et à la teicoplanine, et sauf dans un cas à la gentamycine à haut niveau. Elles restent sensibles au linézolide et à l’association quinupristine-dalfopristine. Afin de faire face à cette situation, une réunion d’experts organisée en Mai 2005 a redéfini les mesures diagnostiques et thérapeutiques appropriées.
Au niveau diagnostique, les méthodes utilisées actuellement (diffusion en gélose ou automatisée) restent pertinentes. Néanmoins, l’expression parfois faible ou tardive de cette résistance rend souhaitable sa confirmation par la détermination des CMI (E-test par exemple).Par ailleurs, en cas d’infection sévère, une vérification de l’identification est également conseillée, E. caselliflavus et E. gallinarum étant naturellement résistants aux glycopeptides.
Du point de vue thérapeutique, en présence de cas groupés, le CTINILS recommande de restreindre au maximum l’usage des glycopeptides, des C3G, de l’imipénème et des anti-anaérobies. Le traitement antibiotique doit être mis en route uniquement sur des arguments objectifs d’infection clinique à ERV.
BEH n°13 - 2006