L'évolution naturelle de l'infection par le nouveau variant de la maladie de Creutzfeld-Jacob est le plus souvent longue et silencieuse. Lorsqu'un sujet est infecté, les prions anormaux se répliquent lentement dans l'organisme sans produire de manifestations cliniques jusqu'à ce que les quantités de prions accumulées dans le cerveau soient très importantes et aient causé des dommages irréparables. Chez les humains, cette période présymptomatique peut durer plusieurs décennies, pendant lesquelles le diagnostic est impossible. Il en résulte à la fois une perte de chance pour le sujet infecté et un risque potentiel de contamination pour le reste de la population. A contrario, l'existence d'un test de détection des prions en phase pré-symptomatique permettrait un diagnostic précoce permettant de bénéficier de traitements efficaces avant la survenue de lésions irréversibles et de prendre des mesures de protection afin de limiter la contagiosité de ces patients.
Les prions pathogènes diffèrent des formes physiologiques du fait d'une anomalie conformationnelle. Pour en détecter de faibles quantités dans le sang, des chercheurs ont réussi à amplifier cette zone de « mauvais pliage protéique » (Protein Misfolding Cyclic Amplification, ou PMCA). Cette méthode consiste à accélérer le processus par lequel les prions anormaux (en quantité infime non décelable dans le prélèvement) convertissent des protéines prions normales (apportées en grande quantité dans la préparation) en formes infectieuses mal pliées. Après plusieurs cycles d'amplification, le prion anormal peut être détecté par un test immunologique standard (Western-Blot). En 2005, des prions anormaux avaient ainsi pu être retrouvés dans le sang de hamsters atteints de la scrapie. Leur travail récent a cherché à mettre en évidence l'agent infectieux durant la phase pré-symptomatique, chez des hamsters infectés de manière expérimentale par l'agent de la scrapie (inoculation intra-péritonéale de tissu cérébral infecté). Les résultats ont montré la présence de prions dans le sang très précocement durant la phase présymptomatique (à partir de 7 jours après l'inoculation alors que la symptomatologie ne débute qu'environ 3 mois après l'inoculation). Le pic de détection survenait entre 20 et 60 jours après l'inoculation avec une sensibilité de 50 à 60% et une spécificité de 100%. Sachant qu'aucune infectivité cérébrale n'est détectée au début de la période d'incubation, le prion détecté dans le sang provient probablement d'une réplication périphérique (rate, organes lymphoïdes). Enfin il est intéressant de constater que la recherche du prion devient négative en fin d'incubation (à partir du 70ème jour), du fait d'un changement de lieu de réplication (de la périphérie au cerveau), avant de redevenir détectable en phase clinique (fuite ou clairance cérébrale de la protéine anormale). Ces travaux ont ainsi permis d'approcher certains mécanismes physiopathologiques et de mieux comprendre l'histoire de la maladie. L'étape suivante est de transposer ces travaux dans d'autres espèces afin de détecter les prions dans des échantillons sanguins humains et bovins. Enfin, ce modèle d'anomalies conformationnelle étant retrouvé dans plusieurs maladies neuro-dégénératives, les auteurs ont espoir d'étendre ces techniques de diagnostic précoce à d'autres affections (dont la maladie d'Alzheimer).
