Les conséquences du tabagisme sur la santé ne sont plus à démontrer avec environ 60000 décés par an en France en relation avec cette addiction touchant environ un tiers de la population. Toutefois les effets sur la reproduction ne sont étudiés que depuis quelques années. Les interventions concernant ce sujet lors de la 37ème journée thématique de la société française pour l’étude de la fertilité ont préalablement fait état des précautions à prendre avant d’interpréter les données chiffrées existantes. En effet il existe de multiples biais tenant tant à la quantification du tabagisme, aux facteurs de risque associés ou au caractère multifactoriel de l’infertilité. De plus le nombre très important de substances entrant dans la composition du tabac (plus de 4000) et pouvant expliquer son action délètère rend complexe la compréhension de ses mécanismes d’action. Néanmoins, certaines données extraites de métaanalyses doivent être portées à la connaissance des professionnels de santé :
Chez la femme, le tabagsime est associé à une diminution de la fertilité de 15 à 40% selon les études. La corrélation négative entre tabagisme et fertilité spontanée est avérée, avec un taux cumulatif de grossesses à un an diminué de 15% et une augmentation moyenne du délai de conception de 6 mois à 1 an. Cette hypofertilité est proportionnelle à la consommation et réversible après sevrage. Par ailleurs la ménopause est en moyenne avancée de 2 ans chez les fumeuses.
La principale conséquence du tabagisme serait une altération ovocytaire, telle qu’elle a pu être constatée en PMA avec une diminution du nombre d’ovocytes recutés, du taux d’implantation et de grossesses. Ces 2 derniers points pourraient également s’expliquer par une fonction lutéale perturbée par le tabagisme.
Chez l’homme, une diminution du pouvoir fécondant liée à l’altération du sperme a également été constatée (avec des résultats plus hétérogènes). Plusieurs équipes ont objectivé une oligospermie, une nécrospermie et une tératospermie.
Enfin, même en cas de survenue de grossesse, des complications sont observées chez le conceptus ou l’enfant en cas de tabagisme parental : augmentation du nombre de fausses couches, des morts subites du nouveau-né, de certains cancers pédiatriques (hémopathies et tumeurs cérébrales), des infections respiratoires.
Pour toute ses raisons, la prise en compte d’un tabagisme doit être une priorité en médecine de la reproduction et les professionnels de santé doivent se mobiliser pour obtenir un sevrage chez les couples candidats.
